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22 avril 2021 - Mis à jour le 6 mai 2021

Rassemblements pro-Navalny en Russie : “Laissez les journalistes faire leur travail et couvrir les manifestations !”

Crédit : Olga MALTSEVA / AFP
Malgré les mesures prises par les autorités russes pour limiter les détentions arbitraires de journalistes, une dizaine d’entre eux ont été interpellés lors des derniers rassemblements pro-Navalny. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités à donner l’ordre aux policiers de laisser les journalistes travailler.

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Au moins une dizaine de journalistes ont été interpellés, mercredi 21 avril en Russie, lors des manifestations en soutien à l’opposant emprisonné Alexeï Navalny, en grève de la faim depuis 23 jours. Ces arrestations ont été menées alors que le ministère de l'Intérieur a demandé aux médias de fournir les coordonnées des journalistes présents lors des rassemblements, pour “assurer leur sécurité”. Les autorités envisagent par ailleurs de mettre en place des accréditations spécifiques ou des QR codes pour limiter les détentions arbitraires de journalistes couvrant les manifestations. 


Ces mesures sont envisagées alors que le service fédéral de contrôle des communications, le Roskomnadzor, demande déjà, depuis le mois de janvier, aux journalistes de porter un gilet “Presse” et un badge et de présenter une carte de presse et un ordre de mission sur les rassemblements. Même lorsqu’elles sont observées, ces consignes n’empêchent pas les interpellations : à Kazan, la capitale du Tatarstan dans l’ouest de la Russie, le correspondant du quotidien économique Kommersant Gleb Merkine a été arrêté malgré son gilet “Presse”, son badge spécial et un ordre de mission éditoriale. Après vérification de ses documents, le journaliste a été emmené au poste de police sous prétexte qu’il n’était pas “sur la liste”, avant d’être relâché à un arrêt de bus sur intervention du service de presse du ministère de l'Intérieur local. 


Dans la même ville, le correspondant du média en ligne Sotavision, Boulat Khairoulline, a été interpellé au motif que son ordre de mission éditoriale ne précisait pas le lieu où il devait se trouver. Son collègue de Voronej, Fiodor Orlov, a de son côté été brutalement arrêté par quatre policiers alors qu’il portait un gilet “Presse” et criait qu’il était journaliste. Il a continué à diffuser en direct depuis le poste de police. Fiodor Orlov avait déjà été emprisonné pendant une semaine après avoir couvert la manifestation pro-Navalny du 23 janvier dernier.


“Nous assistons à une surenchère de propositions inutiles censées protéger les journalistes lors des rassemblements, alors que les forces de l’ordre russes ne tiennent déjà pas compte des gilets ‘Presse’. Ces mesures sont par ailleurs incompatibles au fonctionnement des rédactions et inapplicables pour les journalistes indépendants, dénonce la responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. RSF demande aux autorités de donner un ordre clair et simple aux policiers : laissez les journalistes faire leur travail et couvrir les manifestations ! Afin de limiter les cas de détention injustifiée, nous appelons aussi à sanctionner et poursuivre les agents qui les arrêtent et les violentent.”


La journaliste Bariyat Idrisova, qui collabore avec le site d’information de référence sur les abus policiers et judiciaires Mediazona, a été brutalement interpellée alors qu’elle filmait une arrestation, à Makhatchkala, dans la république caucasienne du Daghestan. “L'un des [policiers] m'a violemment tordu le poignet, m'a attrapé les cheveux et donné des coups de pied”, a-t-elle expliqué. Les agents ont pris son téléphone et lui ont demandé d’effacer tout ce qu’elle avait filmé. Sa collègue Ioulia Sougoueva a, quant à elle, été emmenée au poste de police de la ville, accusée à tort par un policier d’avoir porté une pancarte, avant d’être relâchée environ deux heures plus tard. 


Deux correspondants du site d’information d’opposition MBKh Media en Sibérie, Igor Goliato à Irkoutsk et Andreï Novachov à Kemerovo, ont également été détenus pendant deux heures. Plus à l’ouest, à Oufa, non loin des monts Oural, c’est le journaliste du site d’information locale UFA.RU Artiom Souponkine, vêtu d’un gilet “Presse”, qui a été emmené au poste après avoir filmé une arrestation. Il a fini par être relâché avec des excuses.


Par ailleurs, comme lors des précédentes manifestations en soutien à Alexeï Navalny en janvier, la police a mené des “visites préventives” au domicile de journalistes, comme Nikita Guirine de Novaïa Gazeta, Nikita Sologoub de Mediazona ou encore Vitaliy Poliakov de Krasnoïarsk TV. La correspondante de Mediazona, Olga Romachova, et le social media manager de l’équipe de Navalny ont également été victimes d’une perquisition musclée à leur domicile, dans la banlieue de Moscou. 


La Russie occupe la 150e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2021 de RSF.