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27 août 2021

Polynésie française : une journaliste malmenée au mariage du vice-président

Mariage du vice-président, le 5 août 2021. A gauche : Edouard Fritch, à droite : Tearii Alpha / Photo : Live Facebook - Tahiti Infos
Alors qu’elle s’est rendue à l’événement dans le but d’interviewer des membres du gouvernement sur le non-respect des règles sanitaires, une journaliste de Tahiti Infos a été empêchée de filmer et forcée de quitter le lieu avant que le président n’appelle les invités à la “jeter à la mer”. Reporters sans frontières (RSF) condamne ces actes et propos indignes de membres du gouvernement et apporte tout son soutien à la journaliste.

5 août 2021. Le vice-président de la Polynésie française, Tearii Alpha se marie. La journaliste de Tahiti Infos, Vaite Urarii Pambrun, réalise à l’occasion un live Facebook et tente d’interpeller le président Edouard Fritch, invité pour l’occasion, sur les règles sanitaires renforcées, entrées en vigueur six jours auparavant, pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 qui touche le territoire. Des mesures qui instaurent, notamment, l’interdiction d’événements festifs et que les membres du gouvernement doivent, en théorie, respecter. 

 

À l’arrivée du président devant le restaurant où se tenait le mariage, celui-ci refuse de répondre à ses questions. Peu de temps après, le vice-président se dirige vers la journaliste, saisit son portable, l’abaisse violemment pour l’empêcher de filmer et serre son poignet où elle tient le micro avant de lancer : « Tu es en train de gâcher mon mariage, tu arrêtes de filmer ». Après cet incident et sur ordre du vice-président, la journaliste est raccompagnée vers la sortie. À l’extérieur de l’enceinte, elle parvient toutefois à s’entretenir avec le député Moetai Brotherson, invité à l’événement. 

 

Trois jours plus tard, la reporter apprend dans une vidéo de ce même député qu'Edouard Fritch, dans son discours devant les invités, aurait déclaré :  "Attention il y a la journaliste qui est dehors et puis si jamais vous la voyez en sortant et bien jetez-la à la mer”. Ces propos de mauvais goût, qui se voulaient humoristiques, ne sont pas anodins. Ils font écho à la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud en décembre 1997 à Tahiti, sous le gouvernement de Gaston Flosse et dont le vice-président de l’époque était justement Edouard Fritch. Des rumeurs et soupçons laissent penser que le journaliste aurait été jeté à la mer. 

 

Quelques jours après ces propos violents, Edouard Fritch s’en est de nouveau pris à des reporters. Lors d’une allocution commune avec le Haut-Commissaire de la République en Polynésie, le 11 août, des journalistes, dont le rédacteur en chef de Tahiti Infos, l’ont questionné sur le mariage en question et la violation des règles sanitaires en vigueur. Devant leur insistance, il a fini par leur rétorquer : “Vous me faites pitié”. Des propos et comportements à l’égard des journalistes inadmissibles et indignes de membres du gouvernement polynésien.

 

La France occupe la 34e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.