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5 mai 2020 - Mis à jour le 6 mai 2020

Philippines : le gouvernement interdit de diffusion les chaînes du groupe audiovisuel ABS-CBN

Des citoyens philippins participent à un mouvement de soutien au groupe ABS-CBN devant son siège, à Manille, le 10 février 2020. Le gouvernement philippin a ordonné la cessation de toutes les activités des chaînes du groupe le 5 mai (photo : Ted Aljibe / AFP).
Reporters sans frontières (RSF) condamne avec la plus grande fermeté la mise en demeure adressée par le pouvoir exécutif à l’encontre du principal groupe audiovisuel de l’archipel, sommé de cesser toute diffusion - ce qui représenterait une atteinte fatale au pluralisme.

L’ordre est “exécutoire immédiatement”. Le ministre philippin de la Justice, Menardo Guevarra, a tenu à faire cette précision après la décision, prise aujourd’hui mardi 5 mai, par la Commission nationale des télécommunications des Philippines. Celle-ci a émis une ordonnance de cessation et d’abstention d’activités à l’encontre d’ABS-CBN, le principal groupe de radio et de télévision de l’archipel, qui est mis en demeure d’arrêter toute diffusion de ses programmes radio et télévisés. 


Cette décision intervient au lendemain de l’expiration officielle de la licence d’exploitation du groupe audiovisuel. Valable 25 ans, cette licence devait être renouvelée par un vote du Parlement. Or, le Congrès, acquis au président Rodrigo Duterte, a voté contre toute les propositions de lois sur ce renouvellement.


ABS-CBN a 10 jours pour répondre à l’ordre du ministère de la Justice et expliquer juridiquement pourquoi les fréquences dont il dispose devraient être préservées.


Dictature


“En refusant systématiquement le renouvellement de la licence d’ABS-CBN, le clan acquis au président Duterte piétine l’esprit de la Constitution de 1987, qui proclame la séparation des pouvoirs et la liberté de la presse, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF.


"Les chaînes du réseau ont toujours joué un rôle majeur en apportant une information fiable et indépendante aux citoyens philippins. Si elles venaient à cesser d’être diffusées, le pluralisme médiatique serait gravement amputé, au point de rappeler les pires heures de la dictature de Ferdinand Marcos, et d’annoncer la fin de l’exercice démocratique aux Philippines.”


En début d’année, RSF avait retracé le récit des nombreuses menaces proférées par Rodrigo Duterte contre ABS-CBN, conseillant finalement à ses propriétaires de “simplement vendre”. Avec son ordonnance de cessation d’activité imposée à ABS-CBN, le pouvoir exécutif couronne là son offensive éhontée contre la presse indépendante aux Philippines.


Dès son arrivée au pouvoir en 2016, le président Duterte s’est lancé dans une guerre ouverte contre ces “fils de pute de journalistes” appartenant aux médias indépendants. Dans sa ligne de mire, le Philippine Daily Inquirer, que le clan Duterte a mis au pas grâce au rachat de parts dans le capital du quotidien.


Autre média visé, le site d’information Rappler, et sa fondatrice Maria Ressa, lesquels font l’objet de pas moins de onze poursuites en justice fomentées par différentes agences gouvernementales.


En chute de deux places par rapport à 2019, les Philippines se situent à la 136e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF.