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2 avril 2020 - Mis à jour le 6 mai 2020

Philippines : deux journalistes risquent deux mois de prison pour avoir publié des informations sur le coronavirus

« Tuez-les par balle », tel est l'ordre qu’a donné Rodrigo Duterte à la police philippine contre ceux qui ne respectent pas le confinement, le mercredi 1er avril (source : Ted Aljibe / AFP).
Reporters sans frontières (RSF) demande au parquet des Philippines d’abandonner toutes les charges portées contre les journalistes au motif d’un article de loi qui, sous couvert de lutte contre les “fausses informations” liées au Covid-19, constitue une grave violation de la liberté de la presse.

Ils risquent deux mois de prison et une amende d’un million de pesos (plus de 17 500 euros) : le rédacteur en chef du site Latigo News TV Mario Batuigas, et le vidéo-blogueur et reporter pour le web Amor Virata, tous deux basés dans la province de Cavite, au sud de Manille, sont visés par une plainte déposée le 28 mars par la Police nationale des Philippines


Ils sont poursuivis pour avoir diffusé de “fausses informations concernant la crise du Covid-19” - une peine prévue par la section 6(6) du Bayanihan to Heal As One Act 2020.  Ce texte, dont l’intitulé signifie littéralement "loi sur l'effort commun pour guérir ensemble", a été signé le mercredi 25 mars par le président Rodrigo Duterte, au lendemain de son adoption par le Congrès. Prévus pour rester en vigueur pendant trois mois, ces pouvoirs spéciaux pourront toutefois être prolongés par le Parlement, acquis au bouillonnant chef d’Etat philippin.


“Nous appelons le parquet philippin à abandonner toute poursuite intentée contre des journalistes au motif de l’article 6(6), déclare le responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF, Daniel Bastard. Nous demandons l’abrogation immédiate de ce texte, qui entend condamner la diffusion de ‘fausse information’ alors qu’aucune définition de cette notion n’existe en droit philippin, de sorte qu’il constitue une sérieuse menace contre la liberté d'informer. Dans cette période cruciale de crise du coronavirus, les autorités doivent laisser les journalistes faire leur travail, quelle que soit la nature du média pour lequel ils officient.”


Le site d’information alternatif Bulatlat, un média à but non lucratif qui couvre des sujets qui touchent plus particulièrement les couches les plus déshéritées de la société philippine, s’est vu arbitrairement refuser l’accréditation rendue obligatoire pour les organes de presse qui voudraient enquêter dans les zones de quarantaine de Luzon, la principale île de l’archipel.


Les Philippines se classent à la 134e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2019 établi par RSF.