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28 novembre 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Pham Minh Hoang condamné en appel à dix-sept mois de prison ferme et trois ans d’assignation à résidence


Reporters sans frontières prend note de la condamnation en appel, le 29 novembre 2011, du blogueur Pham Minh Hoang, à dix-sept mois de prison ferme. La peine a été réduite par rapport à celle prononcée en première instance, qui était de trois ans d’emprisonnement. Selon le jugement, le net-citoyen devrait être libéré le 12 janvier 2012, les quinze mois passés en détention provisoire étant déduits de sa peine. “Si nous ne pouvons qu’être satisfaits d’une réduction de peine, nous condamnons cependant la continuation de son emprisonnement pendant presque deux mois et surtout la décision de l’assigner à résidence pendant les trois prochaines années. Cette peine va à l’encontre des principes énoncés par la Constitution vietnamienne”, a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire-général de Reporters sans frontières. Les trois ans d’assignation à résidence, prononcés en première instance, ont en effet été maintenus. Lors de l’audience, le juge a affirmé avoir tenu compte de la “reconnaissance” par Pham Minh Hoang de “ses erreurs”, de sa demande de clémence, et de son engagement à ne plus appartenir à un quelconque parti politique, faisant référence au parti pro-démocratique du Viet Tan. Le juge a également déclaré prendre en considération l'âge avancé de ses parents, tous deux nonagénaires, et vouloir “préserver les bonnes relations franco-vietnamiennes”. _______________________________________ Procès de Pham Minh Hoang : transparence et respect de la Constitution doivent être les maîtres mots 28-11-2011 A la veille du procès en appel du blogueur franco-vietnamien Pham Minh Hoang, Reporters sans frontières appelle la justice vietnamienne à abandonner les charges qui pèsent sur le net-citoyen. “Pham Minh Hoang a simplement exprimé ses points de vue sur des sujets d’intérêt public au Vietnam, un droit garanti par la Constitution et pour lequel il a pourtant déjà passé plus d’un an derrière les barreaux. Il doit être libéré et les charges qui pèsent sur lui abandonnées. Nous renouvelons notre appel au gouvernement français et à la communauté internationale à faire pression sur le gouvernement vietnamien pour que Pham Minh Hoang soit libéré”, a déclaré l’organisation. “Les journalistes et observateurs qui le souhaitent doivent pouvoir assister librement à l’audience. Il revient ainsi aux autorités d’assurer la transparence de l’instruction. Nous appelons également la justice vietnamienne à prendre en compte les articles de la Constitution qui exonèrent Pham Minh Hoang de toutes charges”, a poursuivi Reporters sans frontières. L’article 43 de la Constitution donne aux citoyens le droit de prendre part aux affaires publiques et sociales, en débattant de problèmes locaux ou nationaux. L’article 69, quant à lui, garantit la liberté d’expression et la liberté de la presse. Les citoyens ont le droit d’être informés, ainsi que de se réunir en assemblée, en association ou de manifester, dans le respect de la loi. Enfin, l’article 71 protège l’intégrité physique, la vie privée, la santé, l’honneur et la dignité des citoyens. Nul ne peut être arrêté sans un mandat de la Cour populaire, ou un mandat ratifié par l’Inspection populaire sauf dans le cas où il est pris en violation flagrante de la loi. Le blogueur, également connu sous son pseudonyme, Phan Kien Quoc, a publié de nombreux articles sur les questions environnementales, l’éducation et la souveraineté du Vietnam à l’égard de la Chine. Il a, en outre, participé à la campagne contre l’exploitation par des entreprises chinoises, des mines de bauxite sur les Hauts Plateaux du centre du pays. Il a pris part à des conférences sur la question de la souveraineté vietnamienne sur les archipels Paracels et Spratleys. Il a également dispensé des formations extra universitaires en leadership à ses étudiants, et est membre du parti pro démocratie Viet Tan. Le 10 août 2011, il a été condamné à trois ans de prison et trois ans d’assignation à résidence pour “tentative de renversement du gouvernement”, ses actes ayant, selon le juge, “sapé la sécurité nationale”. Le tribunal a déclaré que les articles de Pham Minh Hoang “noircissaient l’image du pays”. Arrêté le 13 août 2010, le blogueur était en détention provisoire depuis près d’un an. Cette année passée derrière les barreaux sera, selon la justice vietnamienne, déduite de sa condamnation. Lors de l’audience, des journalistes ont été intimidés par des agents de sécurité armés, qui ont tenté de les dissuader de couvrir le procès. Sa femme, Le Thi Kieu Oanh, n’avait également pas été autorisée à y assister. Elle n’est à ce jour pas certaine de pouvoir assister à celle du 29 novembre. Quant à sa mère, elle s’était vu répondre qu’il ne restait plus de place dans la salle. Le 26 octobre 2011, Reporters sans frontières a lancé une campagne visant à sensibiliser les voyageurs qui se rendent au Vietnam à la censure et à la situation de la liberté de la presse dans le pays. Au moins trois journalistes et dix-sept net-citoyens sont actuellement emprisonnés au Vietnam.