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26 juin 2018 - Mis à jour le 2 juillet 2018

Pakistan : RSF et Freedom Network appellent au respect de la liberté de la presse en vue des élections

RSF a envoyé une lettre au Premier ministre par intérim Nasirul Mulk (droite) pour l’interpeller sur les récentes violations de la liberté de la presse dans son pays. Plus tôt dans le mois, le porte-parole de l’armée pakistanaise, le major-général Asif Ghafoor (gauche), accusait les journalistes de “propagande anti-étatique, anti-pakistanaise et anti-armée” (photos : Amir Qureshi / AFP - News One).
À un mois des élections législatives du 25 juillet, Reporters sans frontières (RSF) et son partenaire local Freedom Network (FN) ont envoyé au Premier ministre pakistanais une lettre conjointe pour appeler les autorités à laisser les journalistes couvrir la campagne électorale en toute liberté.

L’exercice démocratique ne tolère ni censure ni intimidations de la presse. C’est, en substance, le message que RSF et Freedom Network ont transmis aux autorités pakistanaises dans un courrier daté du lundi 25 juin. Un mois avant le scrutin prévu le 25 juillet, les deux organisations partenaires y expriment leur profonde inquiétude concernant la recrudescence des exactions commises contre les journalistes, qui entrave gravement le bon déroulement de la campagne électorale.


Le courrier dresse notamment ce constat : “Menaces, enlèvements, attaques physiques, suspensions illégales de diffusion, suspensions de la distribution de journaux… Médias et journalistes subissent le harcèlement de l’armée et des services d’espionnage d’une part, et d’acteurs politiques de l’autre, qui tentent tous clairement de les intimider pour empêcher toute couverture indépendante des élections.”


Le 21 juin, la journaliste Marvi Sirmed, qui dénonce régulièrement les interférences de l’establishment militaire dans la vie civile, a découvert son domicile d’Islamabad cambriolé : seuls ses appareils électroniques et son passeport ont été dérobés, laissant penser que les malfaiteurs cherchaient à s’emparer de ses données digitales et à entraver son travail. Le 5 juin au soir, la journaliste Gul Bukhari, connue pour ses prises de positions contre l’armée, a été enlevée et détenue plusieurs heures, alors qu’elle se rendait sur le tournage d’une émission de télévision à Lahore. Un peu plus tard, à quelques kilomètres de là, c’est le journaliste d’investigation et présentateur pour BOL News Asad Kharal qui a été brutalement agressé par des hommes masqués.


Censure de la presse indépendante


La veille de cette double attaque, lors d’une conférence de presse, le porte-parole de l’armée pakistanaise, le major-général Asif Ghafoor, a accusé les journalistes de diffuser de la “propagande anti-étatique, anti-pakistanaise et anti-armée”. En avril dernier, les autorités militaires étaient déjà pointées du doigt : elles avaient ordonné aux opérateurs de câble de suspendre la diffusion des chaînes de Geo TV dans la majeure partie du pays pour avoir accordé du temps d’antenne à l’ancien Premier ministre Nawaz Sharif, destitué en juillet 2017 par la Cour suprême. Quelques semaines plus tard, c’est la distribution du journal Dawn qui a été interrompue sur une majeure partie du territoire, au lendemain de la publication d’une interview de l’ancien Premier ministre, qui dénonçait notamment l’omnipotence de l’armée dans les affaires publiques.


“Nous assistons depuis plusieurs mois à une recrudescence alarmante de violations de la liberté de la presse et de la circulation de l’information, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Ces interférences sont absolument inadmissibles dans un pays qui se veut démocratique. C’est pourquoi nous appelons les autorités civiles et militaires du Pakistan à laisser les journalistes exercer librement leur profession et informer la population sans craindre ni menace ni représailles. Il en va tout autant du respect des dirigeants envers leurs concitoyens que de la crédibilité internationale du pays.”


“Perte de crédit”


“Le peuple pakistanais doit pouvoir pleinement exercer son droit constitutionnel le 25 juillet prochain en désignant un nouveau gouvernement, précise Iqbal Khattak, directeur de Freedom Network. Le Premier ministre par intérim Nasirul Mulk et le procureur général Mian Saqib Nisar ont publiquement déclaré qu’ils garantiraient des élections justes et libres. Or une presse libre et indépendante est indispensable à de telles élections. Le résultat des élections législatives perdra tout crédit s’il n’est pas permis aux journalistes de couvrir les élections sans entraves, et sans aucune sorte de pression ou de manipulation.”


RSF actualise régulièrement son Guide pratique du journaliste en période électorale, qui propose des réponses concrètes aux multiples questions que soulèvent tous les aspects de la couverture médiatique d’une élection.


Le Pakistan se situe en 139e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018 que RSF vient de publier.