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14 janvier 2021

Pakistan : RSF dénonce les campagnes de haine en ligne qui visent les journalistes de la BBC et de The Independent

La journaliste Asma Shirazi, dont le travail a été récompensée par le prix Pete Mackler en 2014, a reçu des menaces de mort suite à sa tribune pour la BBC en ourdou (Photo : A. Shirazi / Facebook).
Présents au Pakistan grâce à leur service en langue ourdoue, les deux médias britanniques sont victimes de campagnes massives de dénigrement et leurs journalistes font face à des menaces de mort. Reporters sans frontières (RSF) appelle le gouvernement à désavouer cette campagne et au parquet à engager des poursuites contre les auteurs de ces intimidations.

Appels au boycott et menaces de mort... Cela fait maintenant deux semaines que les services en ourdou de la BBC et du quotidien The Independent sont la cible d’une violente campagne de diffamation et de dénigrement en ligne. Les accusant de ne pas être assez patriotiques, des milliers d’internautes ont lancé des appels au boycott et proféré des menaces à l’encontre des journalistes de ces deux médias.

 

Le 2 janvier, la plateforme d’information et de discussion siasat.pk, proche du parti au pouvoir et de l’armée, a mis en ligne une vidéo attaquant personnellement “les convictions et les opinions politiques des journalistes de la BBC en ourdou”, comme l’indique son titre.

 

Relayée sur Twitter par des milliers d’internautes, cette vidéo accuse la BBC d’entretenir  une ligne éditoriale qui va “contre l’armée et contre le gouvernement”. Sa publication est accompagnée par la révélation publique des noms, prénoms, fonctions et comptes Twitter de 10 de ses journalistes. L’analyse des commentaires permet de comprendre que cette campagne est orchestrée en représailles à la publication de plusieurs tribunes et éditoriaux jugés trop critiques des autorités.

 

“Surprise”

 

Lauréate en 2014 du prix Peter Mackler, Asma Shirazi figure parmi les 10 journalistes mis en cause dans la vidéo. Contactée par RSF, elle confirme avoir reçu des messages émanant d’un membre des services secrets : “On m’a clairement dit d’être moins critique, révèle-t-elle. Je suis assaillie d’attaques en ligne suite à [l’une de mes] tribunes. Ce n’est pas la première fois que je reçois des menaces ; cette campagne calomnieuse fait partie d’un mouvement plus large visant à faire taire les journalistes professionnels indépendants.

 

En guise de menace, on lui a fait comprendre qu’une “surprise” l’attendait si elle continuait. “Je ne sais pas de quel genre de surprise il s’agit. Peut-être de la drogue ou des explosifs déposés dans ma voiture lors d’un contrôle policier.”

 

Fin décembre, des menaces de mort ont également été proférées à l’encontre de journalistes pakistanais de The Independent, à la suite de la publication d’un article concernant la mort de quatre soldats pakistanais lors du crash d’un hélicoptère. Il leur est reproché de ne pas avoir désigné les militaires décédés comme des “martyrs” - un terme que l’armée tente d’imposer en pareil cas.

 

Contacté par RSF, le rédacteur en chef du service en ourdou de The Independent a confirmé l’inquiétude de ses équipes suite à cette campagne de haine. De fait, des milliers d’internautes réclament tout simplement l’interdiction de la publication du quotidien, autour du mot-dièse #BoycottIndyUrdu.

 

“Extrêmement dangereux”

 

“Ces campagnes de haine en ligne, orchestrées par des trolls aux ordres de l’état-major militaire, portent non seulement atteinte à la liberté de la presse, mais les menaces de mort dont sont la cible les journalistes sont extrêmement dangereuses pour leur intégrité, déclare le responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF, Daniel Bastard. Ces appels au meurtre, qui visent à intimider et réduire au silence toute personne critique des autorités, sont proprement inacceptables. Nous appelons le gouvernement fédéral à les désavouer, et demandons au parquet que des poursuites soient engagées contre les auteurs de ces menaces.”

 

L’inaction complice des autorités pakistanaises dans le cyberharcèlement de journalistes indépendants avait déjà été dénoncée par RSF en août 2020 à l’occasion d’une mobilisation lancée par un collectif de journalistes pakistanaises.

 

Le Pakistan détient la 145e place sur 180 du Classement mondial de la liberté de la presse de RSF.