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5 novembre 2020 - Mis à jour le 6 novembre 2020

Pakistan : RSF demande la libération du magnat de la presse indépendante Shakil-ur-Rahman

Le jour de son audience devant la Cour suprême, Mir Shakil-ur-Rahman aura passé 242 jours derrière les barreaux (photo : Jang Group).
Le propriétaire du groupe de presse Jang a été arrêté le 12 mars dernier. Après deux demandes de libération sous caution infructueuse, il doit comparaître devant la Cour suprême lundi. Compte tenu du manque d’élément probant du côté de l’accusation, Reporters sans frontières (RSF) demande la relaxe immédiate.

Demain, cela fera exactement 240 jours que le propriétaire du groupe de presse Jang croupit derrière les barreaux d’une prison de Lahore, la mégapole située dans l’est du Pakistan. Mir Shakil-ur-Rahman, surnommé “MSR”, est poursuivi pour avoir avoir illégalement acheté, en 1986, un terrain qui lui aurait été “cédé par le Premier ministre du Pendjab de l’époque, Mian Nawaz Sharif, en violation des lois et des régulations en vigueur”, pour reprendre les termes de l’acte d’accusation.

 

Ce n’est pas la première fois que MSR est frappé par cette nébuleuse accusation, vieille de 34 ans, à laquelle il avait déjà répondu lors d’une première audience tenue le 5 mars dernier, documents de cession de propriété prouvant la parfaite légalité des actes à l’appui.

 

L’avocat de MSR, Faisal Siddiqui, avec qui RSF a pu s’entretenir, a assuré que le Bureau national de responsabilité (National Accountability Bureau, NAB), qui a porté l’accusation, a “bouclé le dossier". L’avocat a demandé à deux reprises une libération sous caution de son client auprès de la haute-cour de Lahore, en vain. Le dossier a donc été porté devant la Cour suprême, qui s’est déclarée compétente le 3 novembre dernier. La prochaine audience du tribunal est prévue ce lundi 9 novembre.

 

Instrumentalisation

 

“Nous appelons les juges de la Cour suprême a faire preuve de sagesse et d'indépendance en ordonnant la libération immédiate de Mir Shakil-ur-Rahman et en abandonnant les charges qui pèsent sur lui, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Dans cette affaire, la justice est scandaleusement instrumentalisée pour faire payer à un patron de presse la liberté éditoriale de ses employés. Il est temps que le pouvoir judiciaire fasse preuve de son autonomie en réaffirmant la primauté de la liberté de la presse sur les pressions de l’exécutif.”

 

Le groupe Jang, qui possède notamment le quotidien de référence The News et le réseau des chaînes télévisées Geo News, est depuis plusieurs mois dans le collimateur des autorités centrales. Celle-ci ne supportent pas que ses journalistes franchissent les “lignes rouges” et ne se contentent pas de répéter les récits promus par le gouvernement et l’armée.

 

Le Pakistan se classe 145e sur 180 pays dans l’édition 2020 du Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF.