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7 mai 2019

Pakistan : Meurtre du journaliste Malik Khan, l’enquête au point mort

Malik Amanullah Khan (droite) était réputé pour la pugnacité de ses articles publiés sur le quotidien en ourdou Meezan-e-Adl (photo : Dawn - Meezan-e-Adl).
Abattu il y a sept jours, Malik Amanullah Khan était connu pour traiter franchement les problématiques sociales et politiques de sa région du Khyber-Pakhtunkhwa. Reporters sans frontières (RSF) appelle à faire toute la lumière sur le meurtre du journaliste.

Une semaine s’est écoulée, et l’enquête n’a pas avancé d’un iota. Aucun suspect n’a été identifié après l’assassinat, le 30 avril dernier, du journaliste Malik Amanullah Khan. Rédacteur pour le quotidien en ligne Meezan-e-Adl, président du Club de la presse de la ville de Parowa, il a été abattu de quatre balles par deux hommes armés qui ont fui à moto, dans le district de Dera Ismail Khan, au centre du Pakistan.


Dans le procès-verbal initial de la police, que RSF a pu consulter, la famille du journaliste assure qu’elle ne lui connaissait aucune inimitié ou conflit personnel qui pourrait expliquer cette exécution sommaire.


Interrogé par RSF, le rédacteur en chef de Meezan-e-Adl, Muhammad Sohail Gangohi, a décrit un reporter “extrêmement courageux” qui n’a jamais eu peur de traiter honnêtement les problèmes sociaux et politiques de la zone qu’il couvrait : “Son dernier article [publié le 20 avril 2019] portait sur les questions de respect de l’Etat de droit à Parowa, où des responsables politiques auraient fait pression sur des membres de la police pour freiner leurs enquêtes sur des gangs criminels locaux.” Un confrère de Malik Khan, lui aussi basé à Parowa, a confirmé qu’il était un “enquêteur particulièrement pugnace”.


Garantir la protection des journalistes


“Le profil du reporter et la nature des enquêtes qu’il publiait laissent clairement penser que Malik Khan a été visé pour son travail d’investigation journalistique, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. L’impunité réservée aux responsables des crimes commis contre les journalistes est un phénomène persistant au Pakistan. Nous appelons les autorités d’Islamabad à diligenter une enquête indépendante. Surtout, il est grand temps que les législateurs du pays mettent au point une loi garantissant la protection des journalistes, dont le travail sur le terrain est particulièrement dangereux.”


Situé aux confins du Punjab à l’est, des anciennes “zones tribales” travaillées par les taliban au nord-ouest, et de la province instable du Baloutchistan au sud, le district de Dera Ismail Khan, où travaillait Malik Khan, est symptomatique les nombreux périls auxquels sont confrontés les reporters pakistanais.


Sous couvert d’anonymat, un journaliste qui a récemment fui la ville de Parowa a expliqué à RSF la nature de sa résignation : “J’ai quitté cette zone reculée car l’insécurité y est trop grande pour les journalistes, déplore-t-il. Le respect de la liberté de la presse est quasi nul, et l’on peut couramment faire l’objet d’assassinats ciblés.”


Quatre jours après le meurtre de Malik Khan, dans la province du Sindh, dans le sud du Pakistan, un autre journaliste, Ali Sher Rajpar, a été criblé de cinq balles tirées à bout portant devant le portail du Club de la Presse de la ville de Padidan, dont il était président.


En chute de trois places par rapport à 2018, le Pakistan se situe en 142e position sur 180 pays dans la nouvelle édition du Classement mondial de la liberté de la presse que RSF a récemment publié, mettant en avant un mécanisme de la peur.