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10 janvier 2018 - Mis à jour le 1 septembre 2020

Pakistan : le journaliste Taha Siddiqui échappe in extremis à une tentative d’enlèvement

Taha Siddiqui s’est exprimé mercredi soir devant la presse pakistanaise, les vêtements encore tâchés de sang, pour raconter sa tentative d’enlèvement par des hommes armés (photos : Aamir Qureshi - Banaras Khan / AFP).
Un journaliste pakistanais, reconnu comme une voix indépendante et courageuse de la presse du pays, a échappé de justesse à une tentative d’enlèvement mercredi matin. Inquiète pour la sécurité du journaliste, Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités à tout mettre en œuvre pour assurer la sécurité du journaliste.

Etre journaliste indépendant au Pakistan est un péril de tous les jours. Mercredi vers 08h20, à Islamabad, alors que Taha Siddiqui est en route pour l’aéroport, un véhicule barre soudainement la route de son taxi en freinant brutalement devant lui. En sortent dix à douze hommes armés, qui pointent une kalachnikov sur le chauffeur, puis s’en prennent au journaliste, le mettent à terre, le battent et menacent de lui tirer dessus s’il continue à résister. L’homme parvient in extremis à s’échapper sur la voie rapide et hèle un autre taxi, qui le conduit quelques kilomètres plus loin. Il se réfugie dans un poste de police.


“Cette tentative d’enlèvement est extrêmement préoccupante, dans un pays où la question de la sécurité des journalistes et de l’impunité des crimes commis contre eux est un problème structurel, affirme Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF.


Harcelé depuis des mois, menacé, Taha Siddiqui est une voix courageuse qui n’hésite pas à interpeller des éléments de l’armée lorsque ceux-ci sont mis en cause dans une enquête. Or, critiquer les militaires reste particulièrement dangereux pour les journalistes au Pakistan. Nous appelons les autorités à donner des gages sérieux pour garantir la sécurité du journaliste.”


Une figure du journalisme pakistanais


En mai dernier, Taha Siddiqui a reçu plusieurs appels téléphoniques menaçants de l’Agence fédérale d’investigation (AFI), qui dépend du ministère de l’Intérieur. Pressé de se présenter pour un interrogatoire devant la section antiterroriste, Taha Siddiqui a refusé de s’y rendre, de crainte d’être enlevé dans la foulée. L’événement de mercredi vient de confirmer ses craintes.


Chef de bureau pour l'agence Babel Press dont il assure la correspondance pour France 24 et pour la chaîne indienne World Is One News (WOIN), collaborateur du New York Times, du Guardian ou du Spiegel, Taha Siddiqui est une figure du journalisme pakistanais. Ses enquêtes l’ont amené à travailler sur des sujets liés au terrorisme, aux minorités persécutées ou encore à la corruption.


Mais l’armée étant un Etat dans l’Etat au Pakistan, il est impossible de mener à bien un travail journalistique sans mentionner les militaires impliqués dans chaque enquête. Dans ce cas, les cas d’intimidation sont légion.


En janvier dernier, cinq citoyens-journalistes ont disparus pendant trois semaines. Trois d’entre eux ont clairement affirmé par la suite avoir été enlevés par des éléments de l’armée, qui les ont interrogés et torturés pour leurs écrits.


Le Pakistan est classé 139ème sur 180 pays dans l’édition 2017 du Classement mondial pour la liberté de la presse établi par RSF.