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2 juillet 2019

Pakistan : Geo News censurée en pleine interview de l’ancien président de la République

Le journaliste de Geo TV Hamid Mir s’exprime en tant que membre du jury lors de la remise du prix de l’UNESCO pour la liberté de la presse, le 2 mai à Addis Abeba, en Ethiopie. Son interview de l’ancien président Zardari a été violemment censurée après seulement quelques minutes de diffusion, au soir du 1er juillet 2019 (photo : Eduardo Soteras / AFP).
Reporters sans frontières (RSF) condamne avec la plus grande fermeté la soudaine coupure d’une émission politique diffusée sur une chaîne d’information du groupe Geo TV, et dénonce des méthodes typiques de celles utilisées par l’establishment militaire pakistanais.


Une coupure en direct, puis un écran noir… C’est l’affligeante surprise à laquelle les téléspectateurs de la chaîne Geo News ont assisté dans la soirée du lundi 1er juillet, lorsqu’il ont voulu suivre l'interview de l’ancien président de la République Asif Ali Zardari par le journaliste Hamid Mir. Dans une série de tweets, l’intervieweur politique se dit désolé et déclare qu’”il est facile de comprendre qui a tout coupé […] Ceux qui l'ont fait doivent avoir le courage de le reconnaître publiquement."


“Cette interruption parfaitement arbitraire des programmes porte le sceau de l’establishment militaire, toujours prompt à censurer tout contenu susceptible de lui déplaire, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Cette coupure est une insulte à tous les citoyens pakistanais qui, conformément à l’article 19 de la Constitution de 1973, ont droit à une presse libre.”


Intimidations


Il y a un peu plus d’un an, c’est la diffusion des cinq chaînes du réseau Geo TV qui avait   été suspendue pendant plusieurs jours sur au moins 80% du territoire pakistanais, a priori, en représailles à des traitements trop indépendants de l’information. Aucun ordre officiel n’est venu légitimer cette coupure, mais l’armée ayant, dans chaque district, la main sur les réseaux câblés, les regards se sont rapidement tournés vers les militaires.


Dès 2014, Geo News avait déjà fait l’objet d’une campagne d’intimidation, après que le même journaliste, Hamid Mir, avait témoigné sur une tentative d’assassinat sur sa personne perpétré par l’Inter-Service Intelligence (ISI), les renseignements militaires.


En chute de trois places, le Pakistan se situe à la 142e position sur 180 pays dans l’édition 2019 du Classement mondial de la liberté de la presse publiée par RSF.