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23 juin 2020 - Mis à jour le 24 juin 2020

Pakistan : deux reporters torturés pour avoir enquêté sur un centre de quarantaine à la frontière afghane

Le journaliste Abdul Mateen Achakzai (haut, gauche) et son confrère Saeed Ali Achakzai (bas, gauche) montrent des stigmates des trois jours de torture qu'ils viennent de subir, après avoir été arrêtés par un corps de gendarmerie des forces paramilitaires du Baloutchistan (droite) à la ville-frontière de Chaman, le 20 juin 2020 (photos : Freedom Network – Banaras Khan / AFP).
Les deux journalistes ont été retenus pendant quatre jours par la gendarmerie paramilitaire du Baloutchistan, dans l’ouest du Pakistan. Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités provinciales d’ouvrir une enquête judiciaire pour que les responsables des tortures qu’ils ont subies soient renvoyés devant la justice.


Enlevés le samedi 20 juin, ils ont finalement réapparus ce matin, mardi 23, le corps recouvert de marques de torture. Saeed Ali Achakzai, reporter de la chaîne TV ourdouphone Samaa News, et Abdul Mateen Achakzai, journaliste de la chaîne en langue pachto Khyber News, avaient été convoqués, le 20 juin à 20 heures, au centre de commandement de la police aux frontières de Chaman, une ville située dans le nord de la province occidentale du Baloutchistan, à la frontière pakistano-afghane.  


“Là, ils nous ont bandé les yeux et nous ont transférés ailleurs, où la Force anti-terroriste (FAT) des brigades Levies nous a finalement conduits à la tristement célèbre prison de Machh, Abdul Mateen Achakzai a-t-il expliqué à RSF. Les hommes de la FAT nous ont torturés, au point de nous laisser des marques de sévices sur le dos.”


Les brigades Levies du Baloutchistan sont une force de gendarmerie paramilitaire opérant souvent hors de tout cadre légal. Dans cette affaire, elles ont été saisies par le major Bashir Khan, sous-commissaire de police de Chaman, lequel n’a pas apprécié que les deux journalistes aient réalisé un reportage sur un centre de quarantaine situé à la frontière, où transitent les individus en provenance d’Afghanistan.


Pressions constantes


Abdul Mateen Achakzai poursuit : “Nous avons d’abord reçu des messages de menace par WhatsApp, parce que le sous-commissaire et les commandants des forces paramilitaires étaient mécontents de notre couverture des mouvements de protestation contre les conditions de vie déplorables qui existent dans le centre de quarantaine.” 


“Il est absolument intolérable que des représentants des forces de l’ordre se livrent ainsi à des tortures simplement parce que le travail de deux journalistes leur a déplu, regrette Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Nous appelons le Premier ministre du Baloutchistan, Jam Kamal Khan, à ouvrir une enquête judiciaire contre les responsables de l’enlèvement des deux reporters, afin que cette violation choquante de la liberté de la presse ne reste pas impunie. Il en va de la crédibilité de l’Etat de droit pakistanais.”


Les journalistes qui travaillent dans la région de Chaman sont la proie de pressions lourdes et constantes, dans la mesure où cette ville-frontière est le lieu de tous les trafics entre le Pakistan et l’Afghanistan, avec la complicité de membres du personnel politique local et des forces de sécurité. Couvrir ces malversations revient, pour beaucoup, à mettre leur vie en jeu.


En chute de trois places par rapport à 2019, le Pakistan se classe 145e sur 180 pays dans l’édition 2020 du Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF.