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9 novembre 2018

Pakistan : des dizaines de policiers envahissent le Club de la presse de Karachi

Le Club de la presse de Karachi est un haut-lieu de contestation pour les droits des journalistes et contre les abus des autorités. Les manifestations y sont parfois réprimées dans la violence, comme ici en novembre 2007 (photo : Asif Hasan / AFP).
Reporters sans frontières (RSF) condamne avec la plus grande fermeté le raid mené jeudi 8 novembre par des policiers en arme dans les locaux du Club de la presse de Karachi. L’organisation appelle les autorités provinciales à faire toute la lumière sur cette violation d’un lieu hautement symbolique.

Le Club de la presse de Karachi (CPK), dans le sud du pays, a vécu hier soir, jeudi 8 novembre, un épisode d’intimidation sans précédent. Vers 22h30, plusieurs dizaines de policiers armés, en civil, ont envahi le bâtiment de cette prestigieuse institution de la presse pakistanaise pour en inspecter la totalité des locaux, des salles de réunion aux cuisines, en passant par la salle de sport. Selon un communiqué publié par le CPK, les policiers ont harcelé les journalistes et les responsables du club présents sur les lieux, et ont pris des photos et des vidéos de chaque pièce sans demander la moindre autorisation.


“Il est absolument intolérable que des représentants des forces de l’ordre agissent ainsi, en toute illégalité, pour intimider les journalistes, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Nous appelons les autorités de la province du Sindh à enquêter sur ce raid et sanctionner ceux qui sont responsables de cette violation d’un lieu hautement symbolique pour la liberté de la presse. Il en va du respect de l’Etat de droit au Pakistan.”


Selon des témoins, les hommes armés sont arrivés sur les lieux dans au moins six pick-ups, ainsi que d’autres véhicules, dont un fourgon de police. Pour seule réponse accordée au président du CPK, un officier a déclaré que les policiers étaient là pour interpeller des individus recherchés, et qu’il ne savaient pas qu’il s’agissait du club de la presse. “Cette histoire est bien plus grande que ce que l’officier de police prétend, a déclaré à RSF un membre du club qui préfère garder l’anonymat. Il s’agit davantage d’une machination que de la simple ignorance de la nature de l’endroit qu’ils ont envahi.”


Les journalistes de Karachi se sont réunis vendredi après-midi pour protester contre ce raid. Fondé en 1958, fort de près d’un millier de membres, le CPK est un lieu d’échange entre journalistes et de défense de la profession. Il a vocation à accueillir des réunions et des manifestations contre les abus des autorités et pour la promotion des droits humains et civils, à commencer par la liberté de la presse.


Le Pakistan se situe en 139e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018 établi par RSF.