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10 février 2020 - Mis à jour le 11 février 2020

Nouvel assaut du gouvernement philippin contre le groupe audiovisuel ABS-CBN

Un manifestant porte un masque à l’effigie de Rodrigo Duterte, lors d’une marche à Manille. Le président philippin utilise derrière plusieurs institutions complices pour mener une guerre contre ABS-CBN, dont la couverture serait jugée trop critique de la politique du bouillant chef d’Etat (photo : Maria TAN / AFP).
Le parquet philippin a déposé une requête enjoignant la Cour suprême des Philippines à annuler la licence du principal groupe audiovisuel du pays. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une ingérence intolérable et appelle l’appareil législatif à respecter la liberté de la presse proclamée dans la Constitution du pays.

Aux Philippines, le pouvoir exécutif n’est plus à une outrance prêt. Hier, lundi 10 février, le bureau du Solliciteur général - sorte de Procureur général dans les pays de droit commun - a déposé une requête devant la Cour suprême. Le document enjoint la plus haute juridiction du pays d’annuler purement et simplement la licence de diffusion d’ABS-CBN, le principal groupe de radio et de télévision de l’archipel, au motif qu’il violerait le contrat de 25 ans qui le lie avec le Congrès - contrat qui arrive justement à expiration le 30 mars prochain. 

 

Dans un communiqué, le Solliciteur général, Jose Calida, exclut toute motivation politique derrière cette décision - bien que le même Jose Calida soit connu, accessoirement, pour avoir été l’un des directeurs de campagne de Rodrigo Duterte, l’actuel président, lequel multiplie les appels pour que ABS-CBN mette la clé sous la porte. 

 

Pour sa part, Jose Calida estime plutôt vouloir “mettre fin à ce qu’[il a] découvert comme étant des pratiques hautement abusives de ABS-CBN”, lesquelles “sont passées inaperçues, ou ont été négligées pendant des années.” 

 

Incompétence ou fabrication

 

“De deux choses l’une : soit ce qu'affirme Jose Calida est vrai - auquel cas il fait montre, ici, de son incompétence puisque, en poste depuis le 30 juin 2016, il aura eu tout le temps de s’occuper de ces ‘pratiques abusives’ ; soit ce qu’il dit est faux, et son argumentaire est une pure fabrication politique, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF.

 

“Nous appelons les juges de la Cour suprême à rejeter cette requête grossière, et demandons aux membres du Congrès de renouveler immédiatement la licence d’ABS-CBN, dans un esprit de respect de la séparation des pouvoirs et de la liberté de la presse, comme l’exige la Constitution philippine de 1987.”

 

Le 30 janvier, à deux mois de l’expiration de la licence de diffusion d’ABS-CBN, RSF avait retracé le récit des nombreuses menaces proférées par Rodrigo Duterte contre le groupe, conseillant finalement à ses propriétaires de “simplement vendre”.

 

L’Union nationale des journalistes des Philippines a lancé une pétition en ligne pour exiger le renouvellement de la licence d’ABS-CBN, ainsi qu’une campagne sur les réseaux sociaux autour du mot-dièse #NoToABSCBNShutdown

 

Les Philippines se classent à la 134e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2019 établi par RSF.