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3 décembre 2018

Mouvement de concentration inédit en Hongrie : “Il n’y aura bientôt plus un seul média libre”

AFP
RSF exprime sa plus vive inquiétude après l’annonce du regroupement de 500 médias hongrois pro-gouvernementaux au sein d'un consortium qui aura pour objectif de veiller à la préservation des “valeurs nationales”. Ce niveau de concentration fait craindre pour la survie même du pluralisme de la presse.

Les propriétaires de la plupart des médias pro-gouvernementaux ont annoncé presque simultanément mercredi 28 novembre 2018 faire don de leurs chaînes d’information, portails d’informations, tabloïds, journaux sportifs, stations de radios et magazines à la “Fondation de la presse et des médias d’Europe centrale”, dirigée par un entrepreneur de presse proche proche de Viktor Orban, Gabor Liszkay.


Cette entité à but non lucratif créée en août 2018 et baptisée "Fondation de la presse et des médias d'Europe centrale" (CEPMF) dont l’objectif officiel sera de “veiller à la préservation des valeurs nationales” de la Hongrie, permettra de facto au Premier ministre hongrois de diffuser sa propagande sur tous les supports radio télé et papier d’une seule voix. La création de ce consortium s’inscrit dans la stratégie de Viktor Orban, qui vise à faire prendre le contrôle de médias par des oligarques proches de son parti afin d’en redéfinir la ligne éditoriale.


Cette nouvelle démonstration de force du gouvernement fait craindre pour le pluralisme de l’information et pour la survie des derniers médias indépendants d’opposition.  Déjà privés de revenus publicitaires, des médias comme la radio Klub ou le site internet Index.hu, peinent depuis des années à faire entendre leur voix.


“Jusqu’où ira Viktor Orban ? Il n'y aura bientôt plus un seul média libre en Hongrie, s’alarme Pauline Adès-Mével, responsable du bureau Union européenne-Balkans de RSF. La concentration d’un si grand nombre de médias acquis à la cause du même parti n’avait jamais été observée dans le pays depuis la fin du régime communiste, elle est aussi inédite au sein de l’Union européenne. Une telle concentration fait craindre pour la survie même du pluralisme de l’information en Hongrie”


Une autre nouvelle préoccupante est venue assombrir le paysage médiatique hongrois ces derniers jours. László Puch, l’éditeur et propriétaire du journal dominical hongrois de Budapest Vasarnapi Hirek a annoncé la fermeture de la publication après 33 ans de parution et la fusion de ce “journal du dimanche” magyar avec le quotidien d'opposition Népszava. Bien que les rumeurs de cette fusion aient circulé depuis quelque temps, c’est un autre coup porté au pluralisme des médias dans le pays. László Puch a également annoncé avoir vendu l’hebdomadaire agricole Szabad Föld qu’il détenait à Mediaworks, un important groupe de presse pro Fidesz.


Depuis le retour au pouvoir de Viktor Orban en 2010 et sa mainmise sur le paysage médiatique hongrois, le pays accuse un recul régulier dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Aujourd’hui, la Hongrie figure à la 73e place sur 180 pays.