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6 avril 2018

Viktor Orban, l'homme qui sape depuis des années la liberté de la presse en Hongrie, en passe d’être réélu ?

AFP
Les Hongrois sont appelés aux urnes dimanche 8 avril pour des élections législatives à l’issue desquelles le Premier ministre Viktor Orban espère se faire réélire pour un troisième mandat d'affilée. En six ans, l’homme fort de Budapest a complètement redessiné le paysage médiatique et entrepris de faire taire toutes les critiques.

Depuis 2010 et le retour au pouvoir de Viktor Orban, le gouvernement hongrois a tellement modifié le paysage médiatique - s'attirant d’ailleurs de nombreuses mises en garde de l'Union européenne - qu’aujourd’hui, pratiquement aucun des propriétaires de médias d'avant 2010 n'est encore présent sur le marché.


Mainmise sur les médias publics et oligarques


La radiotélévision publique a été la première cible, puis les autorités s’en sont pris aux médias privés, en les privant notamment de contrats publicitaires publics. En 2016, le principal quotidien d'opposition, Nepszabadsag, a été repris par des proches du Premier ministre après avoir été mis brutalement en faillite quelques jours plus tôt. Des oligarques proches d’Orban ont ensuite racheté tous les quotidiens régionaux.


Aujourd'hui, des hommes d'affaires proches du parti Fidesz de Viktor Orban ont acquis des positions dominantes et parfois monopolistiques dans les médias, que ce soit les quotidiens locaux, la télévision privée nationale, en passant par les tabloïds, les sites d'information et les hebdomadaires politiques. Les groupes de presse contrôlés par ces businessmen touchent une audience beaucoup plus large que les médias indépendants ou les médias critiques (journaux en ligne mis à part). De plus, quelles que soient leurs performances sur le marché, les médias proches du parti au pouvoir reçoivent un soutien important de l'État sous la forme de publicité et d’aides publiques, sur la base de décisions totalement arbitraires des autorités. Pendant ce temps là, le nombre de médias indépendants en bonne santé économique est en baisse constante.


La loi controversée de 2010, qui a réorganisé les médias publics et institué un Conseil des médias aux pouvoirs totalement disproportionnés, a ouvert la voie à une influence politique directe sur les contenus éditoriaux des médias de service public les transformant en outils de propagande.


Si le Fidesz remporte la majorité des deux tiers, cela va être un massacre pour les médias, explique Péter PETŐ, le rédacteur en chef adjoint du site d’informations indépendant 24.hu S’il n’obtient qu’une majorité relative, les médias pourront à nouveau respirer. La propagande actuelle ne pourra pas être maintenue parce que tout le monde -y compris les membres du Fidesz - comprendra qu’elle a ses limites. Avec un peu de chance, le Fidesz devra changer de tactique vis à vis des médias {…}”


Des journalistes et des médias triés sur le volet


Depuis 2010, le Fidesz veille aussi scrupuleusement à ce que les médias non-alignés, à forte audience, soient tenus à l’écart de la campagne électorale : à ce titre, la loi électorale de 2010 interdit la diffusion de la publicité politique dans les médias commerciaux.


Viktor Orbán a déclaré à plusieurs reprises pendant cette campagne que “le temps des débats” était terminé. Bien que les partis d'opposition aient des programmes électoraux très fournis, ces derniers reçoivent très peu d'attention médiatique puisque le Fidesz refuse de participer aux débats sur les questions de politique publique. Un choix politique clairement assumé, afin d’éviter les revers de 2002 et 2006, quand le parti débattait encore avec les leaders de l'opposition.


Le refus persistant des responsables du parti de parler aux journalistes qui ne sont pas affiliés aux médias amis du Fidesz est une constante et renforce davantage un secteur des médias très polarisé : d’un côté les médias pro-gouvernementaux obsédés par la protection des frontières, la question des migrants, la haine du milliardaire américano-hongrois George Soros, de l’autre, des tabloïds qui regorgent de scandales en tous genres.


Autre restriction des plus sévères : l’interdiction pour les journalistes critiques de couvrir le Parlement hongrois. En vertu des textes, le président de l'Assemblée nationale a tout pouvoir pour restreindre à sa guise la zone du Parlement que les journalistes sont autorisés à couvrir. Et ce dernier s’en sert régulièrement pour exclure certains journalistes, parfois des rédactions entières...


Le gouvernement interdit également à des administrations - en particulier les directeurs et le personnel des institutions publiques - de parler aux médias sans une autorisation préalable du gouvernement. Certains médias n’ont même plus le droit de s’adresser à des membres du gouvernement, ni de poser des questions lors des conférences de presse. Le porte-parole du gouvernement a même récemment admonesté des journalistes étrangers qui avaient tenté de poser une question lors d'une conférence de presse.


Enfin, en mars dernier, Viktor Orban a refusé de répondre aux questions posées par la chaîne d'information critique HírTV, arguant que la chaîne de télévision n’était qu’un concentré de “fausses informations”.


La Constitution hongroise d’avril 2011 stipule pourtant que "la Hongrie {...} doit garantir la liberté de recevoir et de répandre l’information dans un société démocratique”.


Interrogé par RSF en mars dernier sur le refus de membres du gouvernement de répondre aux questions de certains journalistes, Zoltan Kovacs, le porte-parole du gouvernement hongrois, a expliqué qu’il “se réservait le droit de décider qui il considérait comme un journaliste, certains étant d’après lui plutôt des militants qui exercent une activité journalistique”.


Les menaces exercées contre les journalistes étrangers sont elles de plus en plus préoccupantes. Bien que présents dans le pays depuis de nombreuses années, plusieurs correspondants ont fait part à RSF ces derniers mois de difficultés croissantes à exercer leur métier .


Depuis le retour au pouvoir de Viktor Orban, la Hongrie accuse un recul régulier dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2017. Aujourd’hui elle figure à la 71e place sur 180 pays.