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5 juillet 2017 - Mis à jour le 6 juillet 2017

“M. le Président mexicain, votre pays est le plus meurtrier cette année pour les journalistes”

CREDITS: THOMAS SAMSON / AFP
Reporters sans frontières (RSF) écrit au président du Mexique, Enrique Peña Nieto, à l’occasion de sa visite officielle à Paris. L’ONG s’inquiète de la situation sécuritaire particulièrement alarmante pour les journalistes. Depuis le début de l’année, au moins sept journalistes ont été assassinés.

Paris, le 05 juillet 2017,

Résidence officielle Los Pinos

Ciudad de México, D.F., México


Monsieur le Président,


A l’occasion de votre visite à Paris et de votre rencontre avec votre homologue français, Emmanuel Macron, ce jeudi 6 juillet 2017, Reporters sans frontières (RSF), organisation internationale de défense de la liberté d'information, attire votre attention sur le fait que le Mexique est devenu en 2017 le pays le plus meurtrier au monde pour les journalistes et se situe désormais devant la Syrie, pays officiellement en guerre.


Depuis le 1er janvier 2017, pas moins de sept journalistes mexicains ont été froidement assassinés: Javier Valdez Cárdenas, Maximino Rodriguez Palacios, Miroslava Breach Veducea et Cecilio Pineda Birto, pour lesquels le lien entre leur activité journalistique et leur mort ne fait aucun doute, ainsi que Ricardo Monlui, Filiberto Álvarez Landeros et Salvador Adame Pardo, pour lesquels les mobiles des crimes restent encore flous, en raison du manque et de transparence de la part des autorités en charge des enquêtes et de la corruption locale.


Cette situation de violence est d’autant plus inacceptable et indigne d’un pays démocratique que cette triste réalité ne date pas d’hier. RSF a comptabilisé plus de 100 assassinats au Mexique depuis 2000. En 2016, pas moins de 10 journalistes mexicains ont été tués en raison de leur travail.


Outres ces nombreux assassinats, les séquestrations, agressions et disparitions de journalistes se poursuivent depuis de trop nombreuses années. L’impunité est malheureusement la règle au Mexique. La collusion entre le crime organisé et certaines autorités politiques et administratives du pays et le fait que des personnalités politiques n'hésitent pas à attaquer publiquement les journalistes au lieu de les soutenir aggravent les pressions subies par la profession. En 10 ans, le Mexique a perdu 11 places au Classement mondial de la liberté de la presse pour se situer en 2017 à la 147ème position.


le 17 mai dernier, à la suite de l’assassinat de Javier Valdez Cárdenas, vous vous êtes engagé à agir avec fermeté pour punir tout crime commis contre un journaliste, ce dont se félicite RSF. L’annonce d’un renforcement du mécanisme national de protection et du parquet fédéral spécialisé dans les atteintes à la liberté d’expression (FEADLE), ainsi que la création d’un protocole national d’enquête sur les crimes commis contre les journalistes et l’attention aux victimes font également partie des mesures urgentes identifiées par notre organisation.


Outre ces besoins fondamentaux, afin d’endiguer cette vague de violence, RSF vous rappelle ses autres recommandations et vous invite plus particulièrement à:


  • Faire pression sur les gouvernements des Etats les plus dangereux contre les journalistes, notamment le Veracruz, Chihuahua, Guerrero, Sinaloa, Michoacán et le Tamaulipas, pour lutter efficacement contre l'impunité et renforcer les mécanismes de protection locaux existants ou, lorsqu’ils n’existent pas, favoriser leur création et en assurer leur pérennité.
  • Créer, à l’intérieur de la CEAV (Commission exécutive d’attention aux Victimes), un service spécial dédié aux journalistes victimes d’agressions dans le cadre de leur travail.

En vous remerciant de l’attention que vous porterez à notre appel, nous vous adressons, Monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération.


Christophe Deloire

Secrétaire Général