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24 mai 2017

Lettre conjointe aux autorités mexicaines pour condamner l’impunité autour de l’assassinat de la journaliste Miroslava Breach

ALFREDO ESTRELLA / AFP
Reporters sans frontières (RSF) et cinq autres organisations de défense de la liberté d’expression exhortent les autorités mexicaines à ne pas laisser impuni le meurtre de la journaliste Miroslava Breach. Deux mois après l’assassinat de la journaliste, le 23 mars 2017, il n’y a eu aucune arrestation ni avancée significative dans l’enquête.

Deux mois après l’assassinat de Miroslava Breach, il faut maintenant que l’enquête aboutisse à des résultats.


60 jours se sont déjà écoulés depuis l’assassinat de la journaliste Miroslava Breach Velducea, le 23 mars dernier. À ce jour, il n’y a eu aucune arrestation ni avancée significative dans l’enquête, et ce, malgré le discours des autorités locales qui affirment avoir identifié les auteurs et commanditaires de cet acte atroce. Il est par conséquent alarmant de constater qu’aucun mandat d’arrêt n’a encore été prononcé contre les auteurs supposément identifiés. Le manque de diligence de la part des autorités génère un climat de défiance envers les institutions de Chihuahua et un sentiment d’incertitude parmi les proches de la victime, de ses collègues journalistes et de la société en général, qui attendent des avancées rapides dans l’enquête.


Pour ces raisons, les organisations ARTICLE 19, Centro de Investigación y Capacitación, Propuesta Cívica, Comunicación e Información de la Mujer (CIMAC), Committee to Protect Journalists, Reporters sans frontières et Periodistas de a Pie, condamnent l’impunité régnant actuellement dans l’affaire Breach Velducea.


Pour les organisations signataires, il ne fait aucun doute que les violations récurrentes à la liberté d’expression représentent un problème structurel et social majeur et sont le reflet d’une violence croissante dans le pays. Le gouvernement, tant au niveau fédéral, étatique que municipal, se désintéresse de la presse et constitue même, très souvent, une menace pour elle, au lieu d’assurer sa protection.


Dans ce contexte de très grande vulnérabilité pour la presse, le récent assassinat de Javier Valdez dans l’État de Sinaloa met en évidence l’absence de politiques publiques de l’État mexicain pour enrayer la violence dont sont l’objet, jour après jour, les journalistes de notre pays. Depuis de nombreuses années, les organisations signataires dénoncent les difficultés rencontrées par la presse dans notre pays classé parmi les plus dangereux du monde pour l’exercice de la liberté d’expression.


Des « actions en faveur de la liberté d’expression et de la protection des journalistes et des défenseurs des droits de l’Homme » ont été annoncées par le président mexicain Enrique Peña Nieto et par la Conférence Nationale des Gouverneurs le 17 mai dernier. Nous exigeons donc l’application immédiate des mesures citées, en particulier celle concernant la protection des journalistes et la lutte contre l’impunité pour les crimes commis envers la presse. Il ne suffit plus de condamner les violations faites à la liberté d’expression et de s’indigner contre les violences subies par les journalistes. Il faut maintenant que des mesures concrètes soient prises afin de stopper la violence qui touche ceux qui exercent leur activité journalistique au Mexique.


Le Bureau du procureur général de l’État de Chihuahua et le Bureau du procureur général de la République doivent garantir qu’il n’y aura pas d’impunité dans le cas Miroslava Breach et que les responsables de ce crime seront traduits en justice afin d’y être jugés pour leurs actes.


L’ensemble des organisations signataires lancent également un vibrant appel au Mécanisme fédéral de protection des défenseurs des droits de l’Homme et des journalistes afin qu’en collaboration avec les autorités fédérales et étatiques, il puisse assurer la sécurité des journalistes de Chihuahua et des autres régions du pays où les agressions sont quotidiennes.


Enfin, nous exhortons le gouvernement de Javier Corral à mener les actions nécessaires pour garantir qu’aucun autre acte semblable à celui commis sur Breach Velducea ne se reproduise dans l’État de Chihuahua. Nous lui rappelons également que, depuis le début de son mandat, deux journalistes et deux défenseurs des droits de l’Homme ont déjà été exécutés.


Nous ne voulons plus de discours, nous exigeons des résultats.


ARTICLE 19 BUREAU MEXIQUE ET AMÉRIQUE CENTRALE

COMUNICACIÓN E INFORMACIÓN DE LA MUJER A.C. (CIMAC)

COMMITTEE TO PROTECT JOURNALISTS

REPORTERS SANS FRONTIÈRES

PERIODISTAS DE A PIE

PROPUESTA CÍVICA