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26 février 2021 - Mis à jour le 5 mars 2021

L’interdiction à effet immédiat de médias pro-russes en Ukraine marque une escalade de la guerre de l’information

Altercation entre policiers et militants nationalistes appelant à la fermeture de Nach TV (Crédit : Sergei SUPINSKY / AFP)
Sur décret présidentiel, trois médias qualifiés de “pro-Kremlin” ont été privés de licence. Alors que les tensions partisanes s’intensifient en Ukraine, Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète d’un usage abusif des sanctions et appelle les autorités à respecter leurs obligations internationales.

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La “guerre de l’information” entre Moscou et Kiev a fait trois nouvelles victimes : les chaînes 112 Ukraine, Newsone et Zik, considérées comme pro-Kremlin par le gouvernement ukrainien, sont interdites de diffusion pour cinq ans depuis le 2 février 2020, sur ordre du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Le décret présidentiel révoquant leur licence a été édicté après l’ouverture d’une enquête des services de sécurité ukrainien (SBU) pour “financement du terrorisme”. Il met en oeuvre les sanctions économiques prévues par l’article 4 du Conseil national de sécurité de défense ukrainien, en cas de “participation au terrorisme”. Ces trois chaînes de télévision ne représentent qu’1% environ de l’audience ukrainienne, mais elles ont la particularité d’appartenir à un député allié d’un oligarque proche du Kremlin, Viktor Medvedtchouk.


Nous déplorons cette escalade de la guerre de l’information, déclare la responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale, Jeanne Cavelier. Même si la volonté de lutter contre la propagande est légitime, cela ne justifie pas l’usage de la censure, et la mise au ban de ces chaînes risque d’attiser les violences commises envers les journalistes. Cette atteinte à la liberté d’expression est en contradiction avec les engagements internationaux de l’Ukraine. RSF appelle les autorités à trouver d’autres moyens pour préserver l’indépendance et le pluralisme de l’information.” 


Les médias et les journalistes sont de plus en plus souvent victimes des luttes partisanes et de la polarisation croissante de la société ukrainienne. Deux jours après la signature du décret, l'ancien chef régional du parti politique Pravy Sektor  à Odessa, Serhiy Sternenko, a appelé à rendre public toutes les données des journalistes des chaînes de télévision concernées. A Kiev, après un appel du mouvement, des militants nationalistes se sont rassemblés devant les locaux de la chaîne Nach TV, perçue comme favorable au Kremlin, pour réclamer sa fermeture. Deux correspondants de la chaîne ont été pris à partie dans des altercations : Oleh Netchaï s’est fait voler son micro puis frapper lors d’un direct et Alekseï Poltchounov a été molesté devant le siège par des manifestants. A la suite de ces attaques, le vice-ministre de l’Intérieur Anton Gerashchenko a annoncé l’ouverture de deux enquêtes pénales pour entraves au travail journalistique. 


Le 25 février, un tribunal de Kiev a ordonné aux fournisseurs d’accès internet de bloquer l’accès à 426 sites internet, dont la version russe du média RBC.ru, après la plainte d’un homme d’affaires qui reprochait à ces sites la publication d’informations négatives à son sujet. Cette plainte a finalement été annulée dans la journée par la police, et le bureau du procureur général a ouvert une enquête sur les faits portés devant le tribunal de Kiev. 


En mai 2017 déjà, un décret, signé par l’ancien président Petro Porochenko, avait ordonné le blocage immédiat de réseaux sociaux de référence et d’au moins 19 médias russes en Ukraine. 


L’Ukraine occupe la 96e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.