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9 juin 2017 - Mis à jour le 12 juin 2017

Le Soudan du Sud ferme ses frontières aux journalistes étrangers

Le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, a un rassemblement politique le 18/03/2015, à Juba © ASHLEY HAMER / AFP
Visas refusés, accréditations non renouvelées, Reporters sans frontières (RSF) condamne la décision des autorités sud-soudanaises d’empêcher vingt journalistes étrangers jugés trop critiques envers le Soudan du Sud de travailler dans le pays.

Vingt journalistes étrangers ont été interdits d’entrer et de travailler au Soudan du Sud. L’annonce a été faite par Elijah Alier, le directeur de l’Autorité des médias, lors d’un entretien accordé le 7 juin 2017 à la radio sud-soudanaise Eye Radio. Le responsable de l’organe de régulation des médias soudanais accuse en effet les reporters étrangers qui se sont vus refuser un visa d’avoir écrit des articles “sans fondements, irréalistes” qui s’avèrent “insultants ou dégradants” pour le Soudan du Sud et son peuple. L’Autorité des médias estime également que les journalistes et leurs écrits sont susceptibles de contribuer au cycle de violence du pays, qui a sombré dans la guerre civile à la fin de l’année 2013.


“Nous allons restaurer l’image du pays, en régulant ce que produit les médias, car ce sont ces mêmes médias qui sont utilisés pour donner une image négative du pays” a notamment déclaré Elijah Alier à la radio sud-soudanaise Eye Radio, sans indiquer pour autant les noms des journalistes ou des médias visés par cette restriction.


“De toute évidence, cette déclaration vague et alarmante vise à dissuader les journalistes, étrangers ou sud soudanais de réaliser des reportages critiques sur le pays, analyse Clea Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de RSF. Quand on connaît les pressions auxquelles sont soumis les journalistes sud-soudanais, on comprend que cette interdiction faite aux journalistes étrangers vise à créer un black-out sur ce qui se passe à l’intérieur du pays. RSF appelle les autorités sud-soudanaises à lever cette interdiction. Ce n’est pas parce qu’on refuse de regarder une situation en face que celle-ci va disparaître.”


L'Association des correspondants étrangers d’Afrique de l’Est basée à Nairobi (FCAEA) précise de son côté que les journalistes concernés sont d’une dizaine de nationalités différentes et travaillent aussi bien pour la presse écrite que pour des médias audiovisuels. Selon la FCAEA, tous se sont vu refuser leur visa, ou le renouvellement de leur accréditation dans la période des six derniers mois.


Des médias internationaux et des journalistes étrangers continuent à travailler depuis Juba mais dans des conditions difficiles. En mai dernier, RSF avait dénoncé la suspension temporaire d’Al-Jazeera dans la capitale sud-soudanaise, par l’Autorité des médias, suite à la publication d’une série d’articles sur les conséquences du conflit. En décembre 2016, les autorités sud-soudanaises ont aussi arrêté et expulsé le journaliste américain Justin Lynch, un des derniers reporters étrangers présents dans le pays.


Pour les journalistes sud-soudanais, la tâche est encore plus ardue. Depuis le début du conflit en décembre 2013, ils sont devenus une cible privilégiée des autorités. Plusieurs journalistes ont été arrêtés, torturés atrocement, et laissés pour mort. Forcés à l’autocensure, les rares médias qui tentent de livrer une information indépendante s'exposent à des représailles. De nombreux journalistes ont été contraints de fermer leur média, ou tout simplement de fuir le pays.


Depuis 2013, huit journalistes ont été tués dans le cadre de leur activité professionnelle, mais à ce jour, aucune enquête n’a abouti et les responsables de leur mort n’ont toujours pas été identifiés.


Le Soudan du Sud a perdu 20 places depuis l’année 2015 dans le Classement mondial 2017 de la liberté de l’information établi par RSF et occupe désormais la 145e place sur 180 pays.


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