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10 août 2021

Le reporter Chenna Kesavulu assassiné par un policier corrompu en Inde du sud

Chenna Kesavulu a été transféré le 8 août dans la soirée à l’hôpital de Nandyal (à droite), où il a été déclaré mort (photos : Telugu Kathalu / RSF - Public.app).
Journaliste pour une chaîne de télévision locale, il a été sauvagement poignardé après avoir diffusé une enquête révélant les liens d’un agent de police avec des réseaux mafieux. Reporters sans frontières (RSF) demande que les suspects de ce meurtre atroce soient traduits au plus vite devant la justice.

Son corps a été lardé de coups de tournevis. Le reporter Chenna Kesavulu a été déclaré mort, le dimanche 8 août dans la soirée, à son arrivée à l'hôpital de Nandyal, une ville de l’Andhra Pradesh, en Inde du sud. 


Un peu plus tôt, ce soir-là, le journaliste s'est présenté à un rendez-vous à la demande d’un agent de police récemment suspendu, un certain Venkata Subbaiah. En fait de rendez-vous, c’est un guet-apens que le policier, accompagné de son frère Nani, a tendu au reporter : une fois sur place, ce dernier a été poignardé à plusieurs reprises, notamment dans le dos.


Journaliste pour la chaîne de télévision locale EV5, Chenna Kesavulu a diffusé sur sa chaîne YouTube, il y a moins d’un mois, une série de reportages dans lesquels il révélait les liens entre l’agent de police Subbaiah d’une part et, d’autre part, des réseaux mafieux impliqués dans le trafic de gutka, du tabac à priser typiquement indien, et dans l'organisation de matka, une forme illégale de paris. Le policier avait été suspendu il y a deux semaines à la suite de la diffusion de cette enquête.


Préméditation et sauvagerie


Contacté par RSF, le commissaire de police du district de Kurnool, Sudheer Kumar Reddy, en charge de l’affaire, a confirmé privilégier ce mobile pour expliquer l’assassinat de Chenna Kesavulu, et a annoncé l’arrestation de l’agent Subbaiah ainsi que son frère pour meurtre, selon les termes de l’article 302 du code pénal indien.


“L’assassinat de Chenna Kesavulu est doublement choquant, tant par la sauvagerie qui caractérise l’acte que par la préméditation qui a conduit à ce meurtre, déclare le responsable du bureau Asie-pacifique de RSF, Daniel Bastard. À ce titre, nous saluons les progrès rapides de l’instruction et l’arrestation des deux suspects, qui doivent être remis au plus vite à la justice. L’impunité des crimes commis contre les journalistes en Inde doit cesser.”


Il y a moins de deux mois, RSF a demandé qu’une enquête indépendante fasse toute la lumière sur le décès du reporter Sulabh Srivastava, retrouvé mort dans des conditions équivoques le 13 juin dernier dans l’Uttar Pradesh, en Inde du nord. La veille, le journaliste avait fait part à la police de menaces de mort dont il était la cible après qu’il eut publié un reportage sur les agissements de la mafia locale de contrebande d’alcool. Depuis, selon les informations de RSF, l’enquête est restée au point mort.  

  

L’Inde se situe à la 142e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2021 par RSF.