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5 octobre 2021

Le patron du média pro-régime Global Times menace du « bâton chinois » le « chien sauvage » RSF

Le média officiel Global Times a l’habitude, contre toute évidence, d’accuser les « médias occidentaux » de mensonges à propos de la Chine. (IMAGE : Chen Xia/GT)
Le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Christophe Deloire, répond au rédacteur en chef du média chinois officiel Global Times, qui dans un éditorial paranoïaque et incohérent, a formulé des menaces à peine voilées envers l’association.

Dans un éditorial publié samedi 2 octobre, le rédacteur en chef du média officiel chinois Global Times, Hu Xijin, s’en est violemment pris à l’organisation de défense de la liberté la presse Reporters sans frontières (RSF), notamment à la Journalism Trust Initiative (JTI), un projet initié par RSF pour promouvoir le journalisme indépendant et lutter contre la désinformation dans le monde. Dans une diatribe souvent incohérente (voir l’analyse ci-dessous), Hu accuse RSF de « construire une alliance de mensonges » pour nuire à la Chine et termine par une mise en garde glaçante : le « chien sauvage » RSF ferait mieux de prendre garde au « bâton » de la Chine.


« Dans ce texte paranoïaque et menaçant, Monsieur Hu Xijin fait feu de tout bois pour attaquer le travail de Reporters sans frontières (RSF), mais ne parvient pas à donner un seul argument factuel à l’appui de ses thèses, s’amuse le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. Parce que RSF dénonce son cadre juridique répressif et son instrumentalisation du droit pénal, le régime chinois a pris l’habitude de qualifier notre association d’anti-chinoise, tout comme il taxe systématiquement de “fake news” les informations factuelles qui ne correspondent pas à son discours de
propagande. »  


Le président Xi Jinping, au pouvoir depuis 2013, a restauré en Chine une emprise de la propagande digne de l’ère maoïste, basée sur la censure et la surveillance de l’internet. Le régime de Pékin tente aussi par tous les moyens de contrôler l’information hors des frontières du pays, menaçant la liberté de la presse dans le monde.


Cinq accusations qui ne résistent pas à l’examen des faits 


1 - RSF espère « contrôler l’internet » au travers du projet JTI

  • Global Times : « RSF ne peut pas contrôler l’internet. » Une organisation non-gouvernementale n’est pas en mesure « de modifier ou d’inverser la logique de la diffusion de fausses informations sur le net. »
  • RSF : « La Journalism trust Initiative (JTI) a pour but de promouvoir la fiabilité de l’information en favorisant le respect de l'éthique journalistique au travers d’un système de certification des médias journalistiques entièrement indépendant de RSF. Loin de prétendre à « contrôler l’internet », RSF souhaite encourager les plateformes à privilégier des sources transparentes afin de diminuer l’impact de la désinformation dans le monde. »


2 - Le projet JTI exclut les médias chinois et russes

  • Global Times : Les partisans de JTI sont essentiellement des organisations « occidentales » et les médias chinois et russes « ne sont pas impliqués. »
  • RSF : « Le projet JTI est ouvert à tous les médias du monde, à condition qu’ils soient capables de démontrer que leur système de fonctionnement permet le respect des critères de base de l'éthique journalistique et de l’indépendance éditoriale. Des médias russes ont participé à la phase de mise en place des normes. »


3 - Le but de RSF est « d’attaquer la Chine » 

  • Global Times : RSF, « l'un des pires menteurs au monde », a entrepris une campagne visant à « construire une alliance de mensonges sur la Chine. »
  • RSF : « Ce thème complotiste est régulièrement repris par les propagandistes du régime chinois, malgré la rigueur de notre travail. Dans les faits, RSF est une association indépendante dont le mandat est de soutenir et de défendre la liberté de la presse et qui est dotée d’un statut consultatif auprès de plusieurs organisations internationales dont l’Organisation des Nations unies et l’Unesco. RSF est très critique des agissements du régime chinois actuel, qui tente par tous les moyens de contrôler l’information dans et hors de ses frontières, menaçant la liberté de la presse dans le monde, comme le démontre le rapport d’enquête intitulé « Le nouvel ordre mondial des médias selon la Chine », publié en 2019. »


4 - RSF est injuste en faisant figurer la Chine au bas de son Classement

  • Global Times : Dans le Classement RSF de la liberté de la presse, la Chine « figure toujours en bas de la liste ». Mais dans la pratique, le public chinois a néanmoins la liberté d’« exposer » et de « résoudre » les problèmes du pays.
  • RSF : « Dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2021, la Chine est 177e sur 180 pays et territoires évalués. Ce classement, publié par RSF depuis 2002, reflète le degré de liberté dont jouissent les journalistes en fonction de critères objectifs tels que le pluralisme, l’indépendance des médias, la qualité du cadre légal et la sécurité des journalistes. En Chine, le président Xi Jinping, au pouvoir depuis 2013, a restauré des pratiques digne de l’ère maoïste incluant un contrôle poussé du Parti communiste chinois sur les médias professionnels, une violente répression à l’encontre des journalistes non-professionnels et une chape de censure sans précédent sur internet. La mauvaise position de la Chine dans notre classement est, malheureusement, amplement justifiée. »


5 - RSF est un « chien sauvage » qui doit prendre garde au « bâton » de la Chine

  • Global Times : « Tel un chien sauvage, (RSF) hantera de temps en temps le chemin de la Chine. Par conséquent, nous devons avoir un bâton dans nos bagages lorsque nous allons de l'avant. » 
  • RSF : « Le régime de Pékin ne connaît que l’intimidation et la violence pour faire taire ses détracteurs. Selon notre dernier décompte, pas moins de 122 journalistes et défenseurs de la liberté de la presse sont actuellement détenus en Chine, dans des conditions qui laissent souvent craindre pour leur vie. RSF s’interroge sur les menaces formulées par monsieur Hu Xijin et ce qu’il sous-entend quand il parle de « coups de bâton » qui seront portés à l’association si elle continue de dénoncer les exactions du régime chinois. »