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17 octobre 2018

Le journaliste pakistanais Sohail Khan assassiné par la mafia

Le jeune journaliste Sohail Khan (gauche) a été abattu le 16 octobre pour avoir enquêté sur le trafic de drogue endémique dans sa région d’Haripur. Le même jour, à 150 km de là, à Peshawar, des membres des forces anti-narcotiques brûlaient un tas de drogue (photos : Archives - Abdul Majeed / AFP).
Reporters sans frontières (RSF) condamne avec la plus grande fermeté l’assassinat de ce journaliste qui avait osé briser l’omerta autour du trafic de drogue. L’ONG appelle les autorités pakistanaises à mettre en place un dispositif de protection des journalistes.


Il revenait du bureau de police du district lorsque Sohail Khan a été abattu de plusieurs balles par deux assaillants, hier mardi 16 octobre. Il était venu déposer une demande de protection après avoir reçu des menaces de mort. Le jeune journaliste avait publié une enquête le jour-même dans le quotidien Kay2, à propos d’un parrain du trafic de drogue de son district de Haripur, au Khyber-Pakhtunkhwa, dans le nord-ouest du Pakistan.


“Sohail a été criblé de balles de kalachnikov, et des suspects ont déjà été identifiés par la police”, a déclaré à RSF Raja Tahir, chef du bureau de Kay2 à Haripur. Les deux assaillants seraient des proches du parrain identifié dans l’article.


“L’effroyable assassinat de Sohail Khan est déjà le deuxième en deux mois, signe d’un regain de violence particulièrement préoccupant pour les journalistes du Pakistan, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Les circonstances de sa mort sont d’autant plus intolérables qu’il se savait menacé. C’est pourquoi nous appelons les autorités pakistanaises à établir, au plus vite, un dispositif de protection des journalistes qui se pourra se décliner au niveau fédéral, dans les province et dans les district. Tous les moyens doivent être mis en place pour renverser cette funeste tendance.”


Déjà quatre journalistes tués en 2018


Après la mort de Bakshish Elahi, abattu en plein jour le 11 juin 2017, Sohail Khan est le deuxième journaliste de Kay2 assassiné en un peu plus d’un an dans ce même district de Haripur, une localité située à une soixantaine de kilomètres au nord d’Islamabad où le trafic de drogue bat son plein.


Il y a moins de deux mois, c’est dans la province du Pendjab, dans l’est du Pakistan, que le jeune journaliste Abid Hussain a été battu à mort après avoir lui aussi enquêté sur le trafic de drogue dans sa région.


Au total, depuis le début de l’année, déjà quatre journalistes ont trouvé la mort au Pakistan, dont trois d’entre eux ont clairement été assassinés en raison de leur activité professionnelle. Le 27 mars, Zeeshan Ashraf Butt, 29 ans, était abattu par balles alors qu’il tentait d’interviewer un président de conseil communal dans le nord du Pendjab.


Le 1er mars, le secrétaire de rédaction Anjum Muneer Raja a succombé à six blessures par balles dans une zone ultra-sécurisée de Rawalpindi, dans la banlieue d’Islamabad. Ses assassins n’ont à ce jour pas été retrouvés.


Le Pakistan se situe en 139e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018 établi par RSF.