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15 novembre 2021

Le journaliste indien Avinash Jha tué pour ses enquêtes sur un réseau de cliniques illégales

Avinash Jha a notamment publié une série de révélations sur un réseau mafieux de cliniques illégales qui s’est développé dans la ville de Benipatti, où il résidait (image : Facebook - RSF).
Basé dans le nord de l’Inde, ce journaliste indépendant a été porté disparu trois jours avant que son cadavre calciné ne soit finalement découvert au bord d’une route. Reporters sans frontières (RSF) exige qu’une enquête indépendante fasse toute la lumière sur ce crime atroce et que les commanditaires soient traduits devant la justice.

Son corps, carbonisé, a été retrouvé au pied d’un arbre, sur le bord d’une voie rapide, dans la soirée du vendredi 12 novembre. Seuls une alliance au doigt et un collier ont permis de l’identifier. 


Le journaliste indépendant Budhinath Jha, qui répondait aussi au pseudonyme d’Avinash Jha, était porté disparu depuis trois jours. Il a été aperçu pour la dernière fois mardi 9 novembre vers 22 heures.


Basé à Madhubani, un district de l’Etat du Bihar, en Inde du nord, Avinash Jha animait une page d’information baptisée BNN news. Il a notamment publié une série de révélations sur un réseau mafieux de cliniques illégales qui s’est développé dans la ville de Benipatti, où il résidait. En parallèle, le journaliste avait engagé des démarches juridiques pour sommer ces institutions de fournir des données au public en vertu de la loi indienne sur le droit à l’information (Right to Information Act, RTI), en vain.


Selon le frère de la victime, Chandrashekhar Kumar, qui s’est exprimé devant la presse locale, Avinash Jha avait, par le passé, été la cible de tentatives d’extorsions et de menaces répétées visant à le forcer au silence. Deux jours avant sa disparition, il avait, plus spécifiquement, identifié plusieurs de ces établissements - qui n’ont de médical que le nom - dans un message posté sur son compte Facebook


Impunité


“L’assassinat sordide d’Avinash Jha, qui a payé de sa vie le prix de son travail et de son intégrité professionnelle, est extrêmemet choquant, déclare le responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF, Daniel Bastard. Nous appelons le premier ministre du Bihar, Nitish Kumar, à diligenter une enquête indépendante pour faire la lumière sur ce meurtre atroce et identifier tous ses commanditaire. L’impunité des crimes commis contre les journalistes en Inde doit cesser.”


L’officier de police en charge de l’enquête, Ashoka Mandal, a affirmé à la presse, dimanche 14 novembre, que cinq individus ont été arrêtés en lien avec l’assassinat d’Avinash Jha. Contacté par RSF dans la matinée du 15 novembre au sujet de ces arrestations, le commissariat de Benipatti, qui supervise les investigations, n’a pas donné suite.


Selon le baromètre des violations de la liberté de la presse de RSF, Avinash Jha est le quatrième journaliste indien tué en raison de son travail durant le semestre écoulé. Le mois dernier, le reporter Raman Kashyap est mort des suites de ses blessures après avoir été attaqué durant une manifestation paysanne qu’il couvrait en Uttar Pradesh, dans le nord du pays.


En août, Chenna Kesavulu, basé en Inde du sud, a été poignardé par un policier soupçonné de corruption suite à une de ses enquêtes. En juin, le journaliste Sulabh Srivastava a été retrouvé mort au bord d’une route de Pratapgarh, également situé en Uttar Pradesh.


Les différentes enquêtes en cours n’ont pour l’heure pas permis d’identifier les commanditaires de ces trois autres meurtres.


L’Inde se situe à la 142e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2021 par RSF.