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22 août 2016 - Mis à jour le 30 septembre 2016

Le Burundais Eloge Willy Kaneza lauréat du prix Peter Mackler pour un Journalisme Courageux et Ethique

Crédit : SOS Médias Burundi/Le Monde/Eloge Willy Kaneza
Global Media Forum, Reporters sans frontières et l'Agence France-Presse sont heureux d'annoncer que le journaliste burundais, Eloge Willy Kaneza est le lauréat de l'édition 2016 du prix Peter Mackler pour un Journalisme Courageux et Ethique. Le prix lui sera décerné lors d'une cérémonie au Club de la Presse (National Press Club) de Washington DC, le 13 octobre prochain.


Eloge Willy Kaneza, 34 ans, vit actuellement à Bujumbura au Burundi. Ce courageux journaliste de radio a continué de couvrir l'actualité de son pays, au profit de la population burundaise et du reste du monde, malgré les persécutions et violences croissantes dont ont été victimes les journalistes burundais au cours de l'année écoulée.


« Eloge Kaneza incarne non seulement les valeurs journalistiques que le Prix Peter Mackler vise à récompenser, mais lui et ses collègues ont également trouvé une façon créative de contourner la répression des médias en utilisant les nouvelles technologies » a déclaré Camille Mackler, directrice du Prix Peter Mackler.


En mai 2015, le Président burundais Pierre Nkurunziza faisait fermer toutes les radios indépendantes, dans un pays où les ondes radios offrent la principale voie d'obtenir des informations fiables. Il les a accusé de faciliter l'œuvre des putschistes. Plus d'une centaine de reporters ont fui le pays, la plupart vers le Rwanda voisin, de peur d'être arrêté ou pire. Ceux qui sont restés se sont organisés au sein d'un collectif pour continuer à rapporter l'information de leur pays troublé, sur les médias sociaux.


«La situation de la liberté de l'information au Burundi est en dégradation constante depuis plus d'un an. Les autorités gouvernementales, les groupes armés sont devenus la menace numéro un pour les journalistes. Dans ce contexte, qu'un journaliste continue à faire son travail avec autant d'intégrité et de courage est absolument remarquable. Eloge mérite ce prix qui est non seulement une récompense pour lui mais un message d'espoir pour toute la profession au Burundi," dit Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières.


Eloge Kaneza, qui a fait le choix de rester chez lui à Bujumbura, est devenu la seule figure publique et le plus important relai local pour le réseau d’informations en ligne baptisé éloquemment SOS Médias Burundi. Mis en place dans les 48 heures qui ont suivi le coup d’Etat manqué, le réseau publie des informations locales et vérifiées, via Facebook et Twitter ainsi que sur le site de partage de musique SoundCloud. Les journalistes demeurent anonymes, travaillent de façon isolée, et surmontent la faiblesse des infrastructures de communication en se déplaçant d’un spot wifi à l’autre.


Equipés de smartphones, les journalistes de SOS Médias Burundi rapportent ce qu’ils voient dans leurs quartiers, répertorient les exactions contre les civils, les arrestations arbitraires et les bombardements.


Les décisions éditoriales sont débattues via l’application mobile cryptée WhatsApp. L'équipe suit des règles éditoriales très strictes. SOS Médias Burundi interviewe et rapporte les points de vue de toutes les parties, participant y compris aux conférences de presse du gouvernement, et s’interdit tout commentaire. Pour ses éditeurs étrangers, c’est ce respect strict de l’impartialité qui a permis à Eloge de gagner le respect de tous.


Lorsqu'il a appris qu'il avait reçu le prix, M. Kaneza a dit "Je suis si ému que je reste sans voix. Cela va me donner l'énergie de continuer."


Esdras Ndikumana, correspondant pour l’Agence France-Presse et Radio France Internationale, forcé à l’exil après avoir été attaqué par des agents des services de renseignements, a récemment déclaré que, sans SOS Médias Burundi, il ne pourrait fournir aucune information sur le Burundi à ses lecteurs et auditeurs.


Eloge, 34 ans, travaillait pour les radios Bonesha FM à Bujumbura et KF Radio à Kigali, au Rwanda, lorsque sa station de radio a été fermée. Alors marié et futur papa, il a pris des contrats de freelance auprès d'Associated Press et de Voice of America, pour joindre les deux bouts.


"Son travail avec le collectif de journalistes est remarquable en raison de sa capacité à contourner de façon créative les restrictions qui empêchent tout reportage d'informations exactes dans le pays. En utilisant le pouvoir des smartphones et des médias sociaux, les journalistes ont confronté les autorités à leur responsabilité et diffusé des dépêches depuis des coins du pays qui seraient sinon demeurés invisibles au monde extérieur. En tant que seul reporter identifié de ce collectif qui demeure anonyme, il est un modèle à suivre dont le courage mérite d'être reconnu" a déclaré Louise Roug, membre du conseil consultatif du prix Peter Mackler.


"Non seulement Eloge n'a pas peur, mais il est aussi un excellent journaliste qui lutte pour obtenir les deux versions de l'histoire ; sa survie dans ce pays pourrait être due à son impartialité" a déclaré Negussie Mengesa, directeur de la division Afrique de Voice of America.


Eloge a étudié la communication audiovisuelle à l’Université Lumière de Bujumbura. Il a également participé à une formation organisée par Reporters sans frontières sur la cyber sécurité avec d’autres journalistes de SOS Médias Burundi afin d’apprendre à protéger ses communications sur Internet.


Il parle français, anglais et swahili.


Le prix Peter Mackler pour un Journalisme Courageux et Ethique est un project de Global Media Forum, une entreprise à but non-lucratif géré par la famille Mackler et basée aux Etats-Unis, en collaboration avec Reporters sans Frontières et l’Agence France-Presse.


La cérémonie de remise de prix aura lieu le 13 octobre 2016 à 18h00 au Club de la Presse (National Club Press) de Washington, DC à l'adresse suivante : 529 14th St. N.W, 13th Fl.; Washington, DC 20045. La cérémonie sera ensuite suivie d'une heure dédiée aux échanges entre les participants.


Le Burundi a perdu 11 places par rapport à 2015 dans le Classement mondial sur la liberté de la presse établi par RSF et occupe en 2016 la 156e place sur 180 pays.