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28 février 2020 - Mis à jour le 2 mars 2020

Le blogueur vietnamien “Marchand de vent” contraint à l’autocensure, malgré son exil en Allemagne

Extrait d’une interview accordée par Bui Thanh Hieu à RSF en 2013 à propos de l’état de santé et l'incarcération d’un autre blogueur vietnamien, Dieu Cay (photo : RSF).
Reporters sans frontières (RSF) condamne avec la plus grande fermeté les pressions abjectes exercées par les autorités vietnamiennes sur les membres de la famille du blogueur restés au pays.

“Je sollicite votre compréhension, car  je dois vous dire adieu pour une longue période. Adieu, mes amis.” C’est le touchant message récemment adressé aux lecteurs de son compte Facebook par le célèbre blogueur vietnamien Bui Thanh Hieu, qui signe sous le pseudonyme Nguoi Buon Gio - littéralement “marchand de vent”.


Bien que vivant en exil en Allemagne, il explique  qu’il doit se résoudre à cesser ses publications en raison des pressions que les autorités exercent sur sa famille restée au Vietnam, notamment sur sa mère, âgée de 86 ans et actuellement hospitalisée : “Certains ont tiré avantage de [l'état de santé de] ma mère pour me forcer à aller dans un sens qui leur convienne, et pour faire de moi un pion sous leur contrôle.” 


“L’appareil sécuritaire vietnamien exploite de façon abjecte  l’état de santé d’une personne pour faire taire une voix dissidente à l’étranger, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Les autorités font décidément preuve d’une effroyable créativité pour museler celles et ceux qui tentent d’informer leurs concitoyens hors de la propagande du parti communiste vietnamien. RSF appelle les diplomates en poste à Hanoï, à commencer par l’ambassade d’Allemagne, à surveiller de près les pressions exercées sur la famille de Bui Thanh Hieu.”


En décembre 2018, RSF avait publié une enquête sur les méthodes utilisées par l’appareil de censure vietnamien pour que Facebook censure automatiquement les publications de  blogueurs en exil comme Bui Thanh Hieu, officiellement pour « violation des règles de la communauté ». Deux autres blogueurs vietnamiens vivant en Allemagne, Trung Khoa Le et Nguyen Van Dai, avaient été victimes de campagnes  similaires.


Le Vietnam stagne en queue du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019, à la 176e place sur 180 pays.