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16 mai 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

La situation de la liberté de la presse est grave en Colombie, à Cuba et en Haïti


A la veille de l'ouverture à Madrid du deuxième sommet Union européenne - Amérique latine (17-18 mai), Reporters sans frontières rappelle que la situation de la liberté de la presse est grave en Colombie, Cuba et Haïti et connaît des problèmes sensibles dans six autres Etats de la région. L'organisation demande à l'UE d'apporter son soutien au Projet Varela à Cuba et de prendre des sanctions contre le chef d'Etat haïtien.

20.05.2002 - L'Union européenne salue le "projet Varela" de la dissidence cubaine

La présidence espagnole de l'Union européenne s'est félicitée de la présentation du "projet Varela" devant l'assemblée nationale cubaine. Selon un communiqué officiel rendu public à Madrid le 20 mai, l'UE espère que l'initiative de la dissidence cubaine, en faveur de l'organisation d'un référendum proposant des réformes démocratiques à Cuba, "sera utilisée pour ouvrir un débat qui favoriserait un processus de transition pacifique vers une démocratie pluraliste et une société cubaine réconcilée". Selon l'UE, le "projet Varela" constitue "une importante initiative de la société civile cubaine pour introduire les changements dont a besoin Cuba et que demande la société cubaine elle-même".

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16.05.2002 - La situation de la liberté de la presse est grave en Colombie, à Cuba et en Haïti

A la veille de l'ouverture à Madrid du deuxième sommet Union européenne - Amérique latine auquel devraient participer 33 Etats latino-américains et de la région Caraïbes, Reporters sans frontières (RSF) rappelle que la situation de la liberté de la presse est grave dans trois d'entre eux - Colombie, Cuba et Haïti - et a dernièrement connu des problèmes sensibles dans six autres : Bolivie, Costa Rica, Guatemala, Panama, Paraguay et Venezuela. Comme ces Etats s'étaient engagés lors du sommet de Rio des 28 et 29 juin 1999 à "promouvoir et protéger l'ensemble des droits de l'homme et des libertés fondamentales", RSF demande aux Etats membres de l'Union européenne (UE) d'exiger le respect de cette clause par ses partenaires latino-américains.

Rappelant que Cuba est le dernier pays de la région où l'on emprisonne des journalistes, l'organisation demande notamment aux Européens d'intervenir auprès des autorités cubaines pour qu'elles organisent le référendum sur la démocratisation du régime et le respect de la liberté d'expression réclamé par l'opposition interne. Cette initiative de la dissidence cubaine, intitulé Projet Varela, vient de recevoir le soutien de l'ancien président américain Jimmy Carter actuellement en visite sur l'île. Dans ses recommandations, RSF demande également aux chefs d'Etat de l'UE de mettre fin à l'impunité dont bénéficient les assassins de journalistes en Haïti avec la complicité des autorités, en prenant des sanctions personnalisées (refus de visa et gel de leurs avoirs à l'étranger) contre les officiels haïtiens qui entravent le travail de la justice, dont le président Jean-Bertrand Aristide.

Situation grave en Colombie, à Cuba et en Haïti

Avec cinq journalistes et deux collaborateurs des médias tués au cours des dix-huit derniers mois, la situation de la presse colombienne reste dramatique. Principale cause : la guerre que se livrent les groupes armés paramilitaires et les guérillas communistes. La situation s'est encore dégradée depuis le début de l'année 2002. Les sièges de trois médias ont été touchés par des attentats à la bombe attribués à la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie, marxiste). Dans le cadre de la campagne présidentielle, au moins trois journalistes ont été menacés et un quatrième a dû s'exiler après avoir enquêté sur le passé du candidat Alvaro Uribe. Au total, cinq journalistes ont pris le chemin de l'exil depuis le 1er janvier 2002.

A Cuba, la Constitution établit le monopole de l'Etat sur l'information. La répression qui s'abat sur les membres des agences de presse que les autorités refusent de légaliser vise avant tout à protéger ce monopole. Dernière dictature du continent américain, Cuba est aussi le seul pays de la région où l'on emprisonne encore des journalistes. Quatre sont actuellement incarcérés. Depuis le 1er janvier 2002, une trentaine d'interpellations ou d'actes de harcèlement contre leurs collègues ont été recensés et la vente d'ordinateurs aux particuliers a été interdite. L'accès à Internet reste strictement réglementé. Ainsi "nettoyé", l'espace médiatique cubain est occupé par la presse officielle qui diffuse les informations ayant reçu l'imprimatur du Département d'orientation révolutionnaire.

En Haïti, toutes les institutions de l'Etat participent au climat d'impunité. Les obstacles rencontrés par l'enquête sur l'assassinat, en avril 2000, de Jean Dominique, directeur de Radio Haïti Inter, le démontrent. La police est mise en cause dans la mort de deux suspects importants. Le Sénat a refusé de lever l'immunité parlementaire du sénateur Dany Toussaint, le principal suspect. Si le président Aristide a multiplié les déclarations rassurantes, il a avant tout couvert ces irrégularités. Sûrs de pouvoir bénéficier de la même complaisance, ses supporters ont multiplié les agressions contre les journalistes critiques. Une escalade de la violence qui s'est conclue par le nouvel assassinat d'un journaliste, Brignol Lindor, le
3 décembre 2001 et le départ en exil d'une quinzaine de journalistes.

Problèmes sensibles en Bolivie, au Costa Rica, au Guatemala, au Panama, au Paraguay et au Venezuela

En Bolivie, comme au Costa Rica, au Guatemala, au Paraguay et au Venezuela, un journaliste a été tué au cours des dix-huit derniers mois. L'assassinat de Parmenio Medina, de Radio Monumental, au Costa Rica démontre que la presse n'est à l'abri de la violence dans aucun pays d'Amérique latine. Dans cet Etat, jusqu'alors considéré comme un modèle pour le respect des droits de l'homme, la société civile s'inquiète aujourd'hui du silence des autorités sur l'état d'avancement de l'enquête. Au Paraguay, si le tueur de Salvador Medina, abattu en janvier 2001, a été jugé et condamné, les commanditaires n'ont pas été inquiétés.

Trois des cinq assassinats recensés dans ces Etats sont liés aux révélations du journaliste sur des affaires de corruption ou les liens présumés entre la classe politique et les milieux mafieux. Au Guatemala, une dizaine de professionnels de l'information ont été menacés ou agressés pour ce motif au cours de l'année 2001. En avril 2002, un autre a été contraint de quitter le pays alors qu'il enquêtait sur des exactions commises par l'armée lors de la guerre civile (1960-1996).

La situation s'est récemment dégradée au Venezuela. Le photographe Jorge Tortoza a été tué le 11 avril 2002 alors qu'il couvrait les manifestations de l'opposition ayant conduit à l'éphémère coup d'Etat contre le président Chávez. Le 10 mai dernier, le président de la Commission interaméricaine des droits de l'homme a dénoncé le climat d'insécurité pour la presse engendré par les déclarations incendiaires, à l'égard des journalistes, du Président ou des membres du gouvernement.

Enfin, au Panama, forts d'une législation qui prévoit encore des peines de prison pour les délits de "diffamation" ou d'"atteinte à l'honneur", les agents de l'Etat qui n'apprécient pas les critiques exercent un harcèlement judiciaire constant sur les médias. Actuellement, quatre-vingt-dix plaintes pour "diffamation" ont été déposées contre des journalistes.

Recommandations

RSF recommande aux Etats de l'UE d'intervenir auprès de leurs partenaires latino-américains et de la région Caraïbes afin qu'ils respectent l'engagement pris lors du précédent sommet UE-Amérique latine, à Rio, de "promouvoir et protéger l'ensemble des droits de l'homme et des libertés fondamentales".

RSF demande en particulier aux Etats de l'UE :
- de soutenir financièrement le programme de protection des journalistes mis en place par le gouvernement colombien pour garantir leur sécurité et de faire pression sur ce dernier pour obtenir des avancées dans la lutte contre l'impunité dans les cas d'assassinats de journalistes.

- d'intervenir auprès des autorités cubaines pour qu'elles organisent le référendum sur la démocratisation du régime réclamé par l'opposition interne. Utilisant une disposition de la Constitution cubaine, des opposants modérés ont déposé au Parlement les dix mille signatures requises pour obtenir un référendum sur cinq points : liberté d'expression et d'association, amnistie pour les prisonniers politiques, reconnaissance de la liberté d'entreprendre, élaboration d'une nouvelle loi électorale et, si le référendum est approuvé, convocation d'élections dans un délai de neuf mois. Cette initiative de l'opposition, baptisée Projet Varela, a reçu le soutien de l'ancien président américain Jimmy Carter actuellement en visite sur l'île.

- de prendre des sanctions individuelles à l'encontre des officiels haïtiens, dont le président Aristide, qui, par action ou par omission, entravent les enquêtes destinées à faire la lumière sur les assassinats de Jean Dominique et Brignol Lindor. Les sanctions personnalisées demandées sont de deux types : refus de visa d'entrée et de transit dans les territoires des Etats membres de l'Union européenne pour les personnes citées et leur famille et gel de leurs fonds détenus à l'étranger. La liste des vingt-quatre officiels concernés est disponible sur le site de RSF (www.rsf.org).

- de demander aux autorités de Bolivie, du Costa Rica, du Guatemala, du Paraguay et du Venezuela de mener une enquête sur les assassinats de Juan Carlos Encinas (Bolivie), Parmenio Medina (Costa Rica), Jorge Mynor Alegría Almendáriz (Guatemala), Salvador Medina (Paraguay) et Jorge Tortoza (Venezuela) afin de punir les exécutants et les commanditaires de ces crimes. RSF demande également que des pressions soient exercées sur les autorités panaméennes afin que les lois qui prévoient des peines de prison pour des délits de presse soient abrogées.