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20 avril 2016

La République démocratique du Congo 152ème au Classement mondial de la liberté de la presse

Drapeau de la RDC sur le visage d'une jeune fille, février 2015 - PAPY MULONGO / AFP
A l’occasion de la parution du Classement de la liberté de la presse, Reporters sans frontières (RSF) dénonce la brusque dégradation de la situation en République démocratique du Congo. Le pays est aujourd’hui 152ème sur 180 pays. Le score de la RDC accuse la troisième plus forte baisse du continent africain.

Avec la perspective d’une nouvelle candidature à la présidentielle de Joseph Kabila à la fin de l’année (si l’élection est bel et bien organisée), le pouvoir harcèle de plus en plus les organes de presse en République démocratique du Congo. Les élections locales et la restructuration administrative des provinces en 2015 avaient déjà accentué la pression sur les médias, publics comme privés. Une dizaine de médias ont même été fermés ou suspendus, des émissions interdites, du matériel confisqué et des locaux saccagés dans plusieurs régions du pays. Le pays se retrouve ainsi à la 152ème place du Classement mondial de la liberté de la presse, en recul de deux rangs.


“Au-delà de la place au Classement - qui dépend aussi du résultat des autres pays -, c’est la performance absolue de la RDC en matière de liberté de la presse qui s’effondre : seuls deux pays africains connaissent une chute pire de leur score. Les détentions arbitraires, les coupures de signaux radio et les intimidations se normalisent. Nous sommes très inquiets de l’accroissement de toutes ces agressions envers les journalistes et les médias du pays. ”Constance Desloire du bureau Afrique de RSF


Les données du Classement démontrent une insuffisance des autorités congolaises dans la protection physique des journalistes. Robert Chamwami Shalubuto, reporter pour la Radio Télévision Nationale Congolaise et Soleil Balanga, de la radio communautaire Monkoto, ont été assassinés. De nombreux professionnels de l’information ont été agressés - dont un blessé par balle par la police - et menacés, souvent par de hauts responsables civils ou militaires.


Robert Chamwami Shalubuto / Photo Facebook


Dans un pays rongé par la corruption, le droit à l’information ne semble garanti ni par la police, ni par la justice. Le fondateur du journal C-News, Mike Mukebayi, a été emprisonné pendant onze mois pour avoir dénoncé un scandale de corruption impliquant un cardinal. Les autorités congolaises ont par ailleurs soutenu le régime burundais dans son désir d’anéantissement de toute voix démocratique : depuis le 13 octobre dernier, Egide Mwemero, technicien burundais en exil de la Radio Publique Africaine (RPA), croupit dans une geôle du pouvoir.


L’édit sur la protection des journalistes du Sud-Kivu, promulgué début 2016, constitue cependant une avancée notable. En mars dernier, un jugement a ainsi été rendu en faveur d’un reporter menacé. “Nous espérons très vivement que la justice du pays puisse poursuivre dans cette voie, et que cela augure d’une année 2016 qui mettra un coup d’arrêt à la dégradation rapide de la liberté de la presse”, conclut Constance Desloire.


Publié chaque année depuis 2002 à l’initiative de RSF, le Classement mondial de la liberté de la presse mesure le degré de liberté dont jouissent les journalistes dans 180 pays grâce à une série d’indicateurs (pluralisme, indépendance des médias, environnement et autocensure, cadre légal, transparence, infrastructures, exactions).


Retrouvez la méthodologie et le Classement mondial de la liberté de la presse 2016 sur le site RSF.org.