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16 février 2021 - Mis à jour le 5 mars 2021

La journaliste philippine Lady Ann Salem maintenue en détention malgré sa relaxe

Un rassemblement de soutien à la journaliste Lady Ann Salem, détenue depuis 2 mois, demande sa libération, le 9 janvier (photo : Free Lady Ann Salem Network).
Co-fondatrice du réseau de médias indépendants Altermidya, Lady Ann Salem, arrêtée le 10 décembre puis acquittée début février, est toujours emprisonnée. Reporters sans frontières (RSF) demande sa libération dans les plus brefs délais et appelle les autorités philippines à cesser d’utiliser la loi antiterroriste à des fins politiques.

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Actualisation :


Ce n'est que le 5 mars 2021, soit un mois jour pour jour après l'annonce de sa relaxe, que la rédactrice en chef de Manila Today, Lady Ann Salem, a pu sortir de prison. RSF condamne ce délai abusif qui a entraîné une détention prolongée de la journaliste, et ce alors même que son arrestation avait été reconnue "nulle et non-avenue" par le tribunal.

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Reconnue innocente mais toujours emprisonnée... Le 5 février, le tribunal régional de Mandaluyong, en banlieue de Manille, a abandonné les charges à l’encontre de la rédactrice en chef de Manila Today, Lady Ann Salem, et reconnu que son mandat d’arrêt était “nul et non-avenu”. Pourtant, onze jours plus tard, elle est toujours en détention au motif que la décision du juge “ne serait pas finalisée”, comme le défend le procureur général, qui bloque sa libération. Les preuves, jugées irrecevables par le tribunal, avaient en réalité été déposées à son domicile par les policiers lors de l’interpellation de la journaliste, le 10 décembre dernier.

 

Contactée par RSF, une source interne de Manila Today s’inquiète de cette tentative de blocage : “Cela pourrait être le signe d’une stratégie insidieuse du gouvernement qui viserait à inculper notre rédactrice en chef pour des charges encore plus graves au motif de la loi antiterroriste”. Le journaliste fait référence à une mesure draconienne entrée en vigueur en juillet 2020, qui instaure notamment un crime d’incitation au terrorisme, passible de douze ans de prison et visant particulièrement les journalistes.

 

Manipulation des preuves

 

Le tribunal lui-même a reconnu la vacuité des accusations portées contre Lady Ann Salem et la manipulation des preuves apportées par la police, ce qui revient de fait à ordonner sa relaxe, déclare le responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF, Daniel Bastard. Le parquet n’a juridiquement aucune raison de s’opposer ainsi à la décision des juges. RSF exige, par conséquent, la libération immédiate de la journaliste. L’organisation met également en garde les autorités philippines contre toute velléité d’instrumentaliser la loi antiterroriste à des fins de harcèlement des reporters.”

 

Il y a un an, le 7 février 2020, Frenchie Mae Cumpio, dirigeante du site d’information Eastern Vista, membre du réseau Altermidya, avait été arrêtée selon le même modus operandi que pour l’interpellation de Lady Ann Salem. RSF appelle également à sa libération immédiate.

 

Les Philippines occupent la 136e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF.