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5 octobre 2020 - Mis à jour le 6 octobre 2020

La chaîne indienne Power TV suspendue pour avoir dénoncé une affaire de corruption

Le Premier ministre de l’Etat du Karnataka, B.S. Yediyurappa (à droite), est impliqué, en compagnie de son fils, dans une enquête sur un cas de corruption dévoilé par Power TV (photo : Manjunath Kiran / AFP).
Sur ordre des autorités régionales de l'Etat du Karnataka, mécontentes d’une série de reportages, Power TV a été contrainte d’interrompre ses programmes. Reporters sans frontières (RSF) exige le rétablissement immédiat des activités de la chaîne et l’abandon des charges qui pèsent sur elle.

Cela fait une semaine que les téléspectateurs de Power TV sont privés d’informations télévisées. Lundi 28 septembre, la police de Bangalore, dans l'Etat du Karnataka, en Inde du sud, a perquisitionné les locaux de cette chaîne d’information, qui diffuse en langue kannada. Saisissant tous les ordinateurs portables et les disques durs, les policiers ont affecté le serveur de la station, provoquant de fait la suspension de la diffusion de ses programmes. 


Le même jour, la page de Power TV sur Facebook et sa chaîne sur Youtube ont été bloquées, tandis que son compte Twitter est également inactif depuis le 28 septembre. Le rédacteur en chef Rakesh Shetty a lui-même vu son domicile perquisitionné, après qu’une plainte a été déposée pour intimidation criminelle, falsification, extorsion, tricherie et conspiration criminelle.


En fait de conspiration, la chaîne a simplement diffusé une série de reportages, en septembre, dénonçant une affaire de corruption impliquant B.Y. Vijayendra, un cadre local du Bharatiya Janata Party (BJP), le parti au pouvoir en Inde.


Représailles grossières


Selon l’enquête de Power TV, l’homme politique a reçu des pots-de-vin de la part d’une entreprise de bâtiment, la RCCL, en échange de l'attribution d’un faramineux projet de construction de logements publics à hauteur de 6,66 milliards de roupies (77 millions d’euros). L’homme aurait, pour cela, fait appel à son père, qui n’est autre que le Premier ministre de l’Etat du Karnataka, Bookanakere Siddalingappa Yediyurappa.


“La suspension choquante de Power TV est un acte grossier de représailles contre un média et son rédacteur en chef, dont le seul crime est d’avoir fait la lumière sur une question d’intérêt public pour les citoyens indiens, affirme Daniel Bastard, responsable du bueeau Asie-Pacifique de RSF. Nous appelons la Cour suprême à intervenir pour annuler les plaintes déposées contre la chaîne, et faire respecter la liberté de la presse, violemment malmenée par les autorités du Karnataka.”


L’Inde se situe à la 142e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2020 par RSF.