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11 janvier 2021 - Mis à jour le 1 février 2021

La caricaturiste indienne Rachita Taneja risque la prison pour “outrage à la cour”

La caricaturiste indienne Rachita Taneja qui publie ses dessins sur la page @Sanitary Panels fait l'objet d'une procédure pour "outrage à la cour" (photo : RSF).
La Cour suprême indienne a validé une plainte déposée par un tiers contre une dessinatrice basée à New Delhi ayant publié une série de dessins satiriques sur l’institution judiciaire. Reporters sans frontières (RSF) appelle les juges à abandonner les charges absurdes qui pèsent sur elle.

“Outrage à la cour” pour de simples dessins... Le 18 décembre dernier, la Cour suprême a décidé de donner suite à une plainte déposée à l’encontre de Rachita Taneja, en raison de la publication de trois caricatures sur la page Twitter @Sanitary Panels, où elle commente l’actualité de son pays depuis six ans.

 

La plainte a initialement été déposée par un certain Aditya Kashyap, membre de la branche étudiante du parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP). Il a accusé la dessinatrice de vouloir “ébranler la confiance publique dans le système judiciaire par des attaques directes ou des insinuations à l’égard de l’honorable Cour suprême indienne”. La cour doit examiner la défense de la dessinatrice le 29 janvier prochain. Si elle est reconnue coupable, Rachita Taneja risque jusqu’à 6 mois de prison.

 

”Nous appelons les juges de la Cour suprême à abandonner les charges absurdes qu’ils font peser contre Rachita Taneja, qui n’a fait qu’exercer son droit à la liberté d’expression, tel qu’il est garanti par l'article 19 de la Constitution de 1950, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Il est extrêmement choquant de voir l’instance supérieure du pouvoir judiciaire indien s’abaisser à harceler une caricaturiste au prétexte d’un pseudo ‘outrage à la cour’, alors qu’il ne s’agit que de dessins certes satiriques, mais parfaitement inoffensifs.” 

 

Anodins

 

Les trois dessins en question, publiés respectivement les 7 août, 11 et 12 novembre, sont en effet très anodins. Le premier pastiche un échange de faveurs entre un magistrat et le Premier ministre Narendra Modi. Le deuxième représente le bâtiment de la Cour suprême surmonté du drapeau du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), la milice nationaliste hindoue dont le BJP est l’émanation politique. Le dernier fait référence à la décision de la Cour Suprême en faveur d’un journaliste animateur de Republic TV , Arnab Goswami, proche du parti au pouvoir et sujet de poursuites judiciaires pour incitation au suicide.

 

Le mobile d’“outrage à la cour” est de plus en plus souvent invoqué pour faire taire les journalistes et commentateurs qui évoquent l'institution judiciaire. En décembre dernier, des poursuites judiciaires ont également été lancées contre le commentateur politique et comédien Kunal Kamra, en raison d’une série de tweets satiriques sur la Cour suprême.

 

En mars 2019, RSF révélait que la rédactrice en chef du Shillong Times, Patricia Mukhim ainsi que sa directrice de la publication, Shobha Chaudhuri, avaient chacune été condamnées à une amende de 200.000 roupies (2.600 euros) suite à une enquête que le journal avait publiée sur la confortable retraite que s’était adjugée un juge de la haute cour du Meghalaya, l’Etat d’Inde du nord-est où elles sont basées.

 

L’Inde occupe la 142ème place sur 180 pays du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.