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13 mars 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Jusqu’où ira la chasse aux voix critiques ?


Reporters sans frontières est abasourdie par le blocage des sites d’information proches de l’opposition Grani.ru, Kasparov.ru et EJ.ru, ordonné par l’autorité de surveillance des communications, Roskomnadzor. Dans la soirée du 13 mars 2014, l’institution a annoncé que les trois sites “étaient inclus dans le registre unifié des informations interdites à la demande du Parquet général de la Fédération de Russie”. C’est également le cas du blog de l’opposant Alexeï Navalny sur LiveJournal.

“Avec le blocage de ces adresses au lendemain de l’éviction de la rédactrice en chef de Lenta.ru, il est manifeste que nous sommes à un moment tournant pour la liberté de l’information en ligne en Russie. Nous appelons instamment le Roskomnadzor à s’expliquer et à revenir sur cette décision”, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

“Ce nouveau pic de censure est malheureusement la conséquence prévisible de l’adoption fin décembre d’une loi autorisant le Parquet général et le Roskomnadzor à bloquer, sans décision de justice, toute ressource jugée ‘extrémiste’. Nous nous alarmions à l’époque du caractère vague et large de cette notion, qui inclut les appels à participer à des rassemblements non autorisés. Si la Constitution russe a toujours un sens, les autorités doivent impérativement abroger cette disposition, entrée en vigueur le 1er février, qui légalise la censure politique la plus arbitraire.”

D’après le communiqué du Roskomnadzor, Grani.ru, Kasparov.ru et EJ.ru “diffusent des appels à prendre part à des actions de masse non autorisées”. Le communiqué ne fournit aucune précision. Dans une interview pour le site d’information Gazeta.ru, la directrice générale de Grani.ru Ioulia Berezovskaïa a déclaré n’avoir aucune idée du contenu incriminé. Elle précise n’avoir reçu aucun avertissement préalable, ni aucune explication de la part du Roskomnadzor.

L’activité du blog d’Alexeï Navalny constitue quant à elle, selon le Roskomnadzor, une violation de la mesure d’assignation à résidence prononcée contre le célèbre opposant. Depuis le 28 février, Alexeï Navalny, mis en examen dans une affaire de détournement de fonds, a l’interdiction de quitter son domicile et d’utiliser quelque moyen de communication que ce soit. Pour contourner cette mesure, il affirme que son blog est actuellement alimenté par sa femme et ses collègues, sur la base de notes qu’il leur fait passer.

Enfin, dans la soirée du 13 mars, des Internautes de plusieurs régions russes affirment que le site de la radio indépendante Echos de Moscou est lui aussi bloqué. Le rédacteur en chef de la station, Alexeï Venediktov, affirme sur Twitter que le site est bloqué par les fournisseurs d’accès Akado et Biznessviazholding. A l’heure actuelle, il n’apparaît pas dans le registre unifié des informations interdites et Reporters sans frontières n’a pu obtenir aucune information supplémentaire.

(Image: capture d'écran du site du Roskomnadzor)