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19 juillet 2018

Italie : menacée de mort, une journaliste anti-mafia brave le danger et poursuit ses enquêtes

Une journaliste italienne sous protection policière depuis plusieurs années et qui enquête sur une puissante organisation mafieuse de la région des Pouilles, fait l’objet de nouvelles menaces de mort. RSF appelle les autorités locales à condamner publiquement ces pressions et à tout mettre en œuvre pour protéger la journaliste.

Directrice d’Il Tacco d’Italia, un site d’information qu’elle a fondé en 2003, la journaliste d’investigation Marilú Mastrogiovanni est une spécialiste de l’organisation mafieuse "Sacra Corona Unita". Elle s’intéresse notamment depuis de nombreuses années à la gestion des déchets dans la région des Pouilles, un business juteux qui permet à ce réseau criminel de prospérer grâce au soutien de certains représentants locaux.

 

Généralement connue comme la "quatrième mafia" d'Italie, après la Cosa Nostra en Sicile, la 'Ndrangheta en Calabre et la Camorra à Naples, la Sacra Corona Unita est tout aussi puissante et dangereuse.

 

Marilu Mastrogiovanni qui a fait l’objet par le passé de menaces directes et explicites de l’organisation criminelle mais aussi de responsables locaux qu’elle dérange, bénéficie d’une protection policière permanente comme une dizaine de ses collègues en Italie.

 

Des mesures qu’elle juge toutefois insuffisantes au vu du danger que représente le réseau criminel qui la menace : “J’ai quitté mon domicile de Casarano pour protéger mon mari et mes enfants car je ne pouvais pas être suffisamment protégée d’une attaque éventuelle, explique la journaliste à RSF.  Mais il n’y a pas assez de policiers pour combattre la mafia et pour défendre les journalistes qui écrivent sur le sujet.”

 

La publication récente d’une enquête sur l'infiltration présumée du crime organisé dans le secteur du tourisme de Salento, une région connue pour ses stations balnéaires et ses villages perchés a fait monter la tension d’un cran. Fin juin, des sacs d’ordures ont été déversés devant son domicile en guise d’avertissement. Quinze jours plus tard, le 7 juillet, la journaliste a découvert près de 4 000 mails contenant des menaces de mort dans la boîte aux lettres du site d’information.  

 

En dépit de ce déferlement de violence, la journaliste est déterminée à poursuivre courageusement son travail d’investigation et refuse le silence qu’on veut lui imposer, déclare Pauline Adès-Mével, responsable du bureau UE-Balkans de RSF. Il est capital que les autorités locales condamnent fermement et publiquement ces menaces et qu’elles saisissent cette opportunité pour lui démontrer concrètement son soutien,”

 

En Italie, qui occupe la 46e place au Classement de la liberté de la presse établi en 2018 par RSF, enquêter sur un réseau mafieux ou un gang criminel fait souvent peser des risques mortels sur les journalistes. A côté de Marilu Mastrogiovanni, une dizaine de reporters font aujourd’hui l’objet d’une protection renforcée et permanente par des policiers chargés d’assurer leur sécurité 24H/24 tandis que près de 200 journalistes italiens ont bénéficié d’une protection occasionnelle dans le courant de l’année 2017.