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18 avril 2018 - Mis à jour le 23 août 2019

Inde : une journaliste harcelée et poursuivie en justice pour un dessin jugé blasphématoire

Une manifestante indienne brandit une pancarte avec l’inscription “Attention à toi, militant de l’hindutva” pour protester contre un assassinat perpétré par des extrémistes hindous en juin 2017 à New Delhi (photo : Chandan Khanna / AFP).
Après qu’elle a publié un dessin représentant deux divinités hindoues, une journaliste d’Hyderabad, en Inde du sud, est la cible d’une plainte pour blasphème, en plus d’une violente campagne de harcèlement en ligne. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités à assurer sa protection et à respecter la liberté d’informer.

La journaliste Swathi Vadlamudi, qui travaille au bureau de The Hindu à Hyderabad, dans l’Etat du Telangana, est poursuivie depuis lundi 16 avril pour “atteinte aux sentiments religieux” en vertu de la section 295(a) du Code pénal, ce qui peut lui coûter jusqu’à trois ans de prison. Son crime : avoir publié un dessin représentant deux divinités hindoues. Depuis, la journaliste fait l’objet d’une violente campagne de harcèlement en ligne et de menaces de mort.


Sur Facebook, des internautes lui prédisent le même sort que Gauri Lankesh, la célèbre journaliste sauvagement abattue en septembre dernier vraisemblablement par des membres de la mouvance nationaliste hindou. Un autre message annonce qu’elle pourrait aussi être la cible d’une “attaque du style Charlie Hebdo, en référence au massacre qui a visé les journalistes de l’hebdomadaire satirique français en janvier 2015.


La caricature de Swathi Vadlamudi, publiée le 10 avril, fait allusion à de récentes manifestations de mouvements proches de l’extrême-droite hindoue qui exigent la libération de militants pro-hindouistes et de responsables du parti au pouvoir, le BJP. Ils sont suspectés d’être impliqués dans deux récentes affaires sordides de viol et de meurtre d’enfants, dont une fillette de huit ans issue d’une tribu musulmane.


Dans le dessin, on voit la déesse Sita, un journal décrivant ces deux affaires de crime sexuel à la main, déclarer à son époux le dieu Ram “Je suis soulagée d’avoir été kidnappée par Ravan et non par tes bakhts”, en référence à l’épisode de son enlèvement par un démon dans le récit mythologique Ramayana. Les “bakhts” désignent justement les militants pro-hindouistes proche du BJP du Premier ministre Narendra Modi.


“Plutôt que d’aggraver ce harcèlement odieux par des poursuites judiciaires, nous appelons les autorités du Telangana à tout faire pour assurer la protection de la journaliste, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Dans le contexte actuel d’indignation générale face aux drames qui sont à l’origine de ce dessin, il est primordial que le débat public ait lieu, y compris à travers la caricature. Au niveau national, à un an des élections législatives, responsables et militants du BJP doivent montrer de sérieux gages quant au respect de la parole des journalistes qui ne suivent pas forcément leur vision.”


Les menaces proférées à l’encontre de Swathi Vadlamudi sur les réseaux sociaux mêlent la misogynie la plus extrême à une vulgarité sans nom, le tout teinté de relents de haine anti-musulmans. Les journalistes indiens dont le travail ne plaît pas aux militants de l’hindutva, l’idéologie à l’origine de l’extrémisme hindou, font régulièrement l’objet de menaces de mort.


Depuis 2015, au moins treize journalistes ont été assassinés dans le pays en raison de leur activité professionnelle. L’Inde est située à la 136ème position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2017.