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27 août 2020 - Mis à jour le 28 août 2020

Inde : RSF réitère sa demande de libération du journaliste cachemiri Aasif Sultan, emprisonné depuis deux ans

Cela fait deux ans que le journaliste Aasif Sultan est incarcéré, sans qu’aucune preuve sérieuse n’ait été apportée au dossier (illustration : Suhail Naqshbandi / Detention Solidarity Network).
Reporters sans frontières (RSF) réitère son appel en faveur de la libération du journaliste cachemiri Aasif Sultan, emprisonné depuis deux ans jour pour jour ce 27 août 2020. Il est accusé d’avoir “hébergé des terroristes” et d’avoir voulu “fomenter un complot criminel”, sans qu’aucune preuve sérieuse n’ait à ce jour été apportée au dossier.

Deux ans après son arrestation, le journaliste Aasif Sultan qui travaillait pour le mensuel Kashmir Narrator est toujours en prison. S’il a été inculpé en vertu de la loi sur les activités illégales (Unlawful Activities Prevention Act, UAPA), “les chefs d’accusation sont très flous”, d’après son rédacteur en chef Showkat A. Motta, qui avait rapporté à RSF que le reporter avait à l’époque été sommé d’expliquer “pourquoi il n’écri[vai]t pas des choses plus positives”.


“Il ne faisait que son travail”


La police a poursuivi Aasif Sultan dans le but de “l’intimider, lui et les autres journalistes de la vallée” poursuit Showkat A. Motta. Le reporter avait en effet signé avant son arrestation un article consacré au militant cachemiri Buhran Wani, tué par les forces de sécurité en 2016 et devenu une figure d’inspiration des jeunes contestataires. Cette publication serait le véritable motif de son interpellation, selon ses amis et collègues.


Également arrêté pour la deuxième fois, par la police du Jammu et Cachemire, le rédacteur en chef du portail d’information The Kashmiriyat Qazi Shibli a récemment été libéré après avoir été détenu 17 jours. En détention dans la prison centrale de Srinagar, il a pu y croiser Aasif Sultan, qui a évoqué à quel point l’éloignement de sa famille lui était difficile à vivre.


1,3 milliard d’habitants et un seul discours toléré


“Depuis que la droite nationaliste hindoue a pris le contrôle de la scène politique en 2014, les attaques, les arrestations et les actes d'intimidation contre les journalistes se sont multipliés, estime Qazi Shibli. Sans parler du Cachemire, où, comme Aasif me le disait, de nombreux journalistes sont pris pour cible pour avoir critiqué le discours de l’état sur la région.”


Le père d’Aasif Sultan, Mohammad Sultan, déplore que du fait du virus, le cours de la justice soit entravé et les visites à son fils détenu interdites depuis février. 


Compte tenu des risques auxquels est exposé le journaliste en détention, de nombreuses personnalités publiques, dont le vice-président du Club de la presse du Cachemire, Moazum Mohammad, ont réclamé que le journaliste soit libéré. 


Comme l’évoquait RSF dans un récent rapport, le travail des reporters dans la vallée du Cachemire est devenu un enfer depuis un an, en vertu du contrôle drastique de l’information, des obstacles à la diffusion des articles et des vidéos, des intimidations des forces de sécurité sur le terrain et du harcèlement judiciaire tous azimuts. 


“Ces entraves répétées à la liberté d’informer par les autorités indiennes au Cachemire sont indignes d’un régime démocratique, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-pacifique de RSF. Il est plus que regrettable qu’un journaliste, dont le seul tort est d’avoir fait son travail, soit maintenu en détention pendant deux ans. Nous dénonçons la faiblesse des accusations portées contre Aasif Sultan et réitérons avec la plus grande fermeté notre demande de le libérer sans conditions.” 


L’Inde se situe à la 142e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.