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11 janvier 2022

Inde : RSF exige la libération du reporter cachemiri Sajad Gul, en prison pour un simple tweet

Sajad Gul a été arrêté par des militaires dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 janvier (photo : Article 14 - RSF).
Rédacteur pour le portail The Kashmir Walla, Sajad Gul croupit depuis bientôt une semaine dans une cellule d’une prison de Sumbal, une ville de l’Etat du Jammu-et-Cachemire, située dans le nord de l’Inde. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une arrestation parfaitement abusive, et demande sa libération immédiate.

Il risque plus de six ans de prison pour un simple tweet. Le journaliste Sajad Ahmad Dar, qui signe ses articles sous le nom Sajad Gul, a été arrêté par des soldats indiens dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 janvier.


Transféré à la police de Sumbal, une ville du nord de la province du Jammu-et-Cachemire, il a été formellement inculpé samedi, de “conspiration criminelle, atteinte à l’intégration nationale et incitation aux méfaits publics”, selon les termes des articles 120.b, 153.b et 505 du code pénal. Il encourt, pour ces faits, une peine cumulée de six ans et demi de réclusion.


En fait de “conspiration”, Sajad Gul s’est contenté de publier sur Twitter, le lundi 3 janvier, la vidéo de manifestations sporadiques liées à la mort, le même jour, d’un militant séparatiste, Salim Parray, considéré comme terroriste par les services indiens. 


Selon les informations recueillies par RSF, les avocats du Kashmir Walla, auquel le journaliste collabore, ont déposé ce matin, mardi 11 janvier 2022  une demande de libération sous caution.


Déjà dans le viseur du gouvernement


“Nous appelons le parquet de Sumbal à ordonner la libération immédiate de Sajad Gul, dont le seul crime est d'avoir tenté d’informer ses concitoyens sur les réalités de la situation au Cachemire indien, déclare le responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF, Daniel Bastard. Son maintien en détention, pour des prétextes parfaitement fallacieux, est à l’image de la politique indienne contre les journalistes cachemiris, laquelle assimile toute information qui va contre ses intérêts à court terme comme un contenu ‘anti-national’.”


Dans un communiqué, le commissaire général de la police du Cachemire, Vijay Kumar, a en effet décliné l’antienne du discours “anti-national” pour assortir l’acte d’accusation émis contre Sajad Gul. Le journaliste aurait, selon lui, l'habitude de diffuser “de la désinformation et de faux récits” dans le but de créer de “l’hostilité” envers le gouvernement.


“L’arrestation de Sajad fait partie d’une stratégie qui consiste à empêcher les journalistes de couvrir des incidents que le gouvernement juge problématiques, explique le rédacteur en chef du Kashmir Walla, Fahad Shah, interrogé par RSF. Si les gens sont en colère contre le gouvernement, et que lui ou un autre journaliste font leur travail en couvrant cette colère, cela ne veut pas dire qu’ils les incitent [à protester].” 


Ce n’est pas la première fois que Sajad Gul est dans le viseur du gouvernement indien, qui administre directement l’Etat du Jammu-et-Cachemire depuis l'abrogation de son autonomie, en août 2019. En février 2021, le journaliste avait été inculpé, entre autres, d'incitation à l’émeute. En cause, il avait simplement signé un reportage sur la démolition d’habitations et de commerces dans un quartier de Hajin, une ville située à 40 kilomètres au nord de la capitale régionale, Srinagar - et considérée, par les forces de sécurité indiennes, comme un foyer de militants séparatistes. 


L’Inde se situe à la 142e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2021 par RSF.