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2 mai 2018 - Mis à jour le 23 août 2019

Inde : recrudescence d’attaques contre les journalistes par des militants politiques au Bengale-Occidental

Des journalistes et photojournalistes ont manifesté à Kolkata, le 11 avril dernier, contre les violences commises contre les professionnels des médias dans l’Etat du Bengale-Occidental (photo : Dibyangshu Sarkar / AFP).
Plusieurs journalistes ont été agressés ces derniers jours par des militants de partis politiques alors qu’ils couvraient les dépôts de candidature aux élections locales dans l’Etat du Bengale-Occidental. Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement ces attaques physiques et appelle les autorités à garantir leur protection lors des élections à venir.

Près d’une dizaine de journalistes ont été attaqués par des militants politiques à travers le Bengale-Occidental lundi 23 avril, dernier jour de dépôt des candidatures aux élections des panchayat (conseils de village), dans cet Etat de l’est de l’Inde. Des reporters qui couvraient ce processus électoral avaient déjà été visés il y a deux semaines, pris en étau entre les supporters du parti à la tête de l’Etat, le Trinamool Congress (TMC), et ceux du parti nationaliste hindou de Narendra Modi, le BJP. Recensant plusieurs dizaines d’incidents similaires, les journalistes locaux se sont mobilisés pour dénoncer ces exactions qui demeurent impunies.


“Il est inacceptable que les journalistes soient la cible de violences et d’intimidations de la part des militants politiques. Les dirigeants des partis ont l’impérieuse responsabilité de contenir la violence de leurs partisans à l’encontre des professionnels des médias, dont le travail est essentiel à l’exercice démocratique, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Des sanctions doivent être prises contre les responsables de ces attaques. Surtout, à l’approche des élections des panchayat, nous appelons les autorités du Bengale-occidental à assurer la sécurité des reporters pour leur permettre de faire leur travail sans être entravés par les affrontements entre factions politiques.”


Impunité généralisée


Parmi les journalistes attaqués en début de semaine, sept reporters et photojournalistes du journal Anandabazar Patrika ont été agressés dans différents districts du Bengale-Occidental : le journaliste Sebabrata Mukherjee a été attaqué à coups de bâtons par des activistes du TMC, et a été blessé à l’oreille. Les photoreporters Gautam Pramanik, Safiullah Islam, et Kaushik Saha ont été passés à tabac à Murshidabad, tout comme le photographe Sabyasachi Islam à Ramphurhat. La correspondante du journal à Katwa, Suchandra Dey, a été poursuivie et attaquée, vraisemblablement par des supporters du BJP.


A Kolkata, le journaliste Aryabhatta Khan a été pris à partie par un groupe d’individus et conduit de force dans un bidonville, sous les yeux des policiers qui ne sont pas intervenus, où il a été frappé et dépouillé de son téléphone. Une journaliste pour la chaîne TV Aakash Bangla, Pragya Saha, a également été détenue pendant plus d’une heure par des militants. Malgré plusieurs plaintes déposées, aucune arrestation n’a eu lieu, entretenant un climat d’impunité généralisée.


Plus tôt dans le mois, le 9 avril, deux reporters ont déjà été violemment attaqués par des militants politiques. Le journaliste indépendant Biplab Mondal, en mission pour le Times of India, a été violemment frappé, menacé et déshabillé, selon ses propos, par des cadres du parti TMC, pour avoir refusé de supprimer les photos qu’il avait prises devant le bâtiment où se déroulait le dépôt des candidatures, à Kolkata. Au même endroit, le journaliste Manas Chattopadhyay, de la chaîne ETV Bharat, a été encerclé par un groupe d’hommes alors qu’il prenait des photos avec son téléphone portable, qui lui a été arraché de force. Il a été frappé à la tête, puis a été poussé à quitter les lieux par la police.


L’Inde est située à la 138ème position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018.