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1 décembre 2020

Inde : le reporter Kishorechandra Wangkhem en prison pour un post sur Facebook

Kishorechandra Wangkhem a été arrêté le 20 septembre 2020 à l’aube (photo : Facebook / @Taibang Ngaakpi).
Arrêté il y a deux mois, ce journaliste basé dans l’Etat du Manipur, dans le nord-est de l’Inde, devait comparaître devant un juge le 24 novembre - une échéance finalement reportée par la police. Reporters sans frontières (RSF) exige sa libération immédiate.

Cela fait deux mois qu’il croupit en prison. Kishorechandra Wangkhem, reporter pour le portail régional The Frontier Manipur, a été arrêté le 20 septembre dernier. En cause : un simple message posté sur Facebook deux semaines plus tôt, le 3 septembre, à propos d’une dispute en ligne qui opposait deux femmes proches d’un ministre du gouvernement du Manipur.


L’une, son épouse à l’état civil, est issue de la minorité tribale des Maram. La seconde, avec laquelle le ministre aurait fini par convoler, est une représentante de la majorité ethnique du Manipur, les Meitei. Kishorechandra Wangkhem s’est contenté de s’interroger sur les conséquences potentielles de cette situation sur l’emprise électorale du ministre, dont la circonscription, le district de Senapati, est justement le berceau de la tribu Maram. 


Il n’en a pas fallu plus pour que la police ouvre une information judiciaire contre le reporter pour “sédition”, “intimidation criminelle” et “promotion de l"hostilité entre différents groupes” - en vertu des articles 124, 154 et 503 du code pénal indien. Kishorechandra Wangkhem devait pouvoir s’exprimer devant un juge le 24 novembre, mais la police a exigé plus de temps pour boucler son enquête, évoquant un “problème d’ordre public”. 


Accusations kafkaïennes


“Ces allégations n’ont aucun fondement, déplore l’avocat du reporter, Chongtham Victor, contacté par RSF. Il n’y a absolument aucune preuve incriminante qui pourrait justifier ces inculpations.” 


“Les accusations totalement kafkaïennes portées contre Kishorechandra Wangkhem relèvent clairement du harcèlement judiciaire, relève Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Nous appelons le premier ministre du Manipur, Nongthombam Biren Singh, à ordonner sa libération immédiate. Tout porte à croire que le journaliste est l’objet de représailles politiques suite aux propos critiques qu’il a pu formuler par le passé contre les gouvernements au niveau local et fédéral.”


Contactée par RSF, l’épouse de Kishorechandra Wangkhem, Elamban Ranjita, craint que les autorités du Manipur réitèrent l’action qu’elles avaient intentée il y a deux ans, le 19 décembre 2018. Selon le décompte de RSF, le journaliste avait en effet été maintenu en détention provisoire pendant 133 jours. 


Propos critiques


La raison ? On lui a reproché d’avoir publié sur Facebook une vidéo dans laquelle il décrivait le Premier ministre du Manipur, Nongthombam Biren Singh, comme une “marionnette” du Premier ministre indien Narendra Modi et du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS, ou “Corps des volontaires nationaux”), l’organisation paramilitaire matrice du nationalisme hindou et du BJP, le parti au pouvoir au Manipur et au niveau national.


“Mon mari est harcelé juste parce qu’il est journaliste, soupire Elamban Ranjita. Il est visé simplement parce qu’il a tenu des propos critiques du gouvernement.” 


L’Inde se situe à la 142e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2020 par RSF.