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24 mars 2021

France : nouvelles menaces contre un blogueur azéri attaqué à l’arme blanche

Crédit : Mahammad Mirzali
Après avoir reçu une dizaine de coups de couteaux en plein jour à Nantes, le blogueur Mahammad Mirzali a reçu de nouvelles menaces. Reporters sans frontières (RSF) demande à la police d’assurer sa protection.

“C’était le dernier avertissement” : une semaine exactement après avoir été poignardé à plusieurs reprises dans le centre-ville de Nantes, dans la journée du 14 mars dernier, le blogueur azéri Mahammad Mirzali a reçu, sur ton téléphone, de nouvelles et graves menaces dans sa langue natale. L’auteur du message, qui signe “Andres Gragmel”, écrit : “On peut te tuer sans aucun problème. Tu as vu qu’on n’a peur de personne. [...] Si tu continues à insulter nos sœurs, on te fera tuer d’une balle dans la tête par un sniper.” 


Réfugié en France depuis 2016, le blogueur est régulièrement ciblé pour ses publications critiques, sur sa chaîne YouTube Made in Azerbaïdjan, envers le président autoritaire azéri Ilham Aliev, son épouse Mehriban Alieva, également vice-présidente du pays, et leurs proches. Il avait déjà essuyé des tirs le 6 octobre 2020, alors qu’il se trouvait au volant de sa voiture, sur un parking à Nantes. En mars 2020, c’était le vice-président du parlement azéri, Adil Aliyev, qui lui envoyait un message lourd de menaces via Facebook : “Si tu ne te tais pas, tu vas voir ce qui va se passer.” La police française n’a pas souhaité communiquer sur l’enquête en cours. 


“Le régime de Bakou exporte sur le sol français et européen sa répression de la liberté d’expression, dénonce la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale, Jeanne Cavelier. Après avoir reçu une dizaine de coups de couteau, Mahammad Mirzali a dû subir une opération de plus de six heures. En attendant les résultats de l’enquête, qui n’a pas encore abouti malgré la présence de témoins, et au vu des nouvelles menaces de mort reçues, nous demandons qu’il soit mis sous protection policière.”


Comme c’est le cas pour de nombreux journalistes et blogueurs azéris en exil, sa famille aussi est visée : pour tenter de le faire taire, le père et le beau-frère de Mahammad Mirzali avaient été arrêtés en 2017. Le blogueur a également été victime de chantage à la sex-tape, méthode habituelle du régime de Bakou : plusieurs vidéos intimes d’une de ses sœurs, ont été envoyées à toute sa famille début mars, puis publiées sur une chaîne Telegram. La semaine précédant son attaque, le 6 mars dernier, le blogueur avait reçu un message de menace anonyme sur WhatsApp y faisant référence.


L'Azerbaïdjan occupe la 168e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF. La plupart des médias critiques ont été réduits au silence ou à l’exil, les principaux sites d’information indépendants sont bloqués et au moins deux journalistes sont actuellement emprisonnés. La France se situe à la 34e place du Classement.