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12 novembre 2018

“Evasion fiscale” : le gouvernement philippin s’acharne contre le site Rappler et sa présidente Maria Ressa

Maria Ressa est reconnue internationalement pour sa défense opiniâtre de la liberté de la presse. Les premières attaques du gouvernement contre Rappler avaient suscité un mouvement de solidarité aux Philippines (photos : Joël Saget - Ted Aljibe / AFP).
Reporters sans frontières (RSF) condamne avec la plus grande fermeté l’accusation d’évasion fiscale portée par le ministère philippin de la Justice contre le site d’information Rappler et la journaliste Maria Ressa. L’organisation exige la fin de ce harcèlement.


Une plainte formelle doit être déposée cette semaine… C’est la menace proférée par le ministère philippin de la Justice qui a révélé, vendredi 9 novembre, l’acte d’accusation intenté contre le site d’information Rappler et sa présidente, la journaliste Maria Ressa, pour “évasion fiscale” et “déclaration de revenus erronée” en 2015.


Dans la guerre qui lui livre l’administration Duterte, c’est la première fois que Maria Ressa pourrait être nommément poursuivie. Signe de la reconnaissance internationale dont elle est objet, la journaliste est l’une des 25 membres de la Commission sur l’information et la démocratie, mise en place à l’initiative de RSF pour rédiger une charte en faveur de laquelle plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement se sont engagés ce dimanche 11 novembre. En vertu de la section 255 du code fiscal, à l’issue de cette nouvelle plainte, la présidente du site risque jusqu’à dix ans de prison.


“Les grossières manigances des autorités philippines contre Rappler confineraient presque à l’absurde si elles ne faisaient pas peser de sérieuses menaces sur ce symbole de la liberté de la presse, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Ce harcèlement vise clairement à mettre à terre un média qui ose enquêter sur la politique de Rodrigo Duterte. En raison de sa défense opiniâtre d’une information libre, sa fondatrice, Maria Ressa, est devenue une figure à briser pour le gouvernement. Cet acharnement intolérable doit cesser.”


Pour justifier la plainte pour évasion fiscale, le parquet a ressorti l’affaire des Certificats de dépôts philippins (CDP) émis à l’époque par la maison-mère Rappler Holding Corporation (RHC). Selon lui, ils auraient rapporté 162,4 millions de pesos (2,7 millions d’euros) sans que RHC ne paye de taxe - le ministère négligeant au passage le fait que les CDP n’ont rien à voir avec des actions et ne sont donc pas soumis à l’impôt. Prétextant une sous-déclaration délirante de 844%, le gouvernement réclame aujourd’hui à RHC un passif d’impôts de 108 millions de pesos (1,8 million d’euros).


Assauts répétés


Rappler fait depuis plus d’un an l’objet d’assauts répétés des autorités pour intimider ses journalistes. En janvier, la Commission des opérations en bourse des Philippines (Securities and Exchange Commission, SEC) annonçait la révocation de la licence du site au prétexte qu’il aurait vendu son capital à des groupes étrangers à travers les fameux Certificats de dépôts philippins (CDP) - quand bien même ceux-ci ne constituent en rien des titres de propriété.


RSF avait saisi les instances internationales de cette violation intolérable de l’indépendance d’un média. En juillet, la Cour d’appel saisie par Rappler a finalement souligné les vices de procédures entourant la décision de la SEC.


Entre-temps, la correspondante du site d’information auprès de Malacanang, le palais présidentiel philippin, a été bannie par Rodrigo Duterte en personne. Le mois suivant, en mars, son gouvernement déposait deux nouvelles plaintes contre le média pour des motifs parfaitement fallacieux.


Les Philippines se classent à la 133e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018.