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16 août 2017

Etats-Unis - RSF condamne les violentes agressions envers des journalistes à Charlottesville

Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement les violentes agressions et le harcèlement des journalistes venus couvrir la manifestation « Unifier la droite » ainsi que les contre-manifestations organisées en Virginie le week-end dernier. Au cours de ces événements, au moins quatre journalistes ont subi des violences physiques: frappés au visage, aspergés d’urine ou cognés avec un bâton.

RSF est profondément choquée par la violence des manifestants à l’égard des membres de la presse durant les manifestations de ce week-end”, a commenté Delphine Halgand, directrice du bureau Amérique du Nord de RSF. “Il est fondamental que les journalistes soient présents lors de tels événements et ils devraient disposer d’une entière liberté pour effectuer leur travail sans risquer d’être blessés ou pire encore. Les attaques violentes envers les journalistes ne sont malheureusement plus des faits isolés aux Etats-Unis. En mai dernier, un journaliste du Guardian, Ben Jacobs, a été agressé physiquement par un candidat au Congrès. Autre exemple: lors des manifestations #Blacklivesmatter, des journalistes ont été jetés au sol. Nous condamnons toute attaque physique à l’encontre des journalistes, qui font tout simplement leur travail. Nous en profitons pour adresser nos sincères condoléances à la famille et aux proches de la victime qui a été tuée lors de la manifestation.”

Des journalistes venus des quatre coins du pays se sont rendus à Charlottesville, en Virginie, le week-end dernier pour couvrir une manifestation qui a attiré des centaines de suprémacistes blancs et des antifascistes. Certaines rédactions se préparaient à cet évènement depuis des semaines voire des mois, en raison des risques de violences. “Tout le monde était sur le pont”, raconte le journaliste du Daily Progress Ryan Kelly, auteur d’une des photos les plus choquantes du week-end.

Une journaliste de The Hill, Taylor Lorenz, a été agressée alors qu’elle filmait les événements après qu’une voiture a foncé dans la foule formée par les contre-manifestants, tuant une personne et en blessant 19 autres. Un contre-manifestant s’est approché d’elle en hurlant “Arrête ton putain d’enregistrement” avant de la frapper au visage et de jeter son téléphone au sol. Cet homme, Jacob L. Smith, a été arrêté et inculpé pour coups et blessures. Peu après, tandis que Taylor Lorenz couvrait les manifestations lors d’un live Snapchat, un groupe de personnes a crié: “Ne fais pas ta rapporteuse, salope de journaliste.”

De son côté, la célèbre présentatrice de télévision Katie Couric, qui couvrait elle aussi les faits samedi pour National Geographic, a indiqué sur Twitter que deux de ses producteurs avaient été aspergés d’urine à Charlottesville.

Le lendemain, au cours de la soirée du 13 août, un photojournaliste non identifié de CBS 6 a été approché, lors d’un contre-rassemblement anti-raciste à Richmond, par un manifestant qui lui a ordonné d’arrêter de filmer. Le journaliste a alors répondu “Je fais ce que je veux, fous le camp” et son téléphone lui a été pris des mains. Le reporter apparaît ensuite sur la vidéo où on le voit tenter de repousser le manifestant avant de se faire frappé par un deuxième individu avec ce qu’il décrit comme un gros bâton. Ce journaliste a été transporté en ambulance à l’hôpital, où sa plaie a été refermée à l’aide de quatre agrafes.

Lundi 14 août, des violences verbales ont eu lieu entre manifestants et contre-manifestants à l’extérieur du tribunal de Charlottesville, où était entendu James Alex Fields Junior, l’homme arrêté au volant du véhicule ayant foncé sur la foule. Les militants du mouvement “Unifier la droite” ont alors hurlé aux journalistes présents “Tout cela est de votre faute”. Leurs cris ont toutefois été rapidement couverts par ceux des contre-manifestants.

RSF rappelle aux journalistes d’être particulièrement prudents lorsqu’ils couvrent des manifestations. Le “guide pratique de sécurité des journalistes” établi par RSF en coordination avec l’UNESCO est à leur disposition. Il contient des règles ainsi que des conseils à destination des journalistes travaillant au milieu de foules, de manifestations et dans des émeutes.


CREDIT PHOTO: ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP