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3 décembre 2015 - Mis à jour le 29 avril 2016

En mission en Afghanistan, RSF rappelle aux autorités l’obligation de mieux protéger les journalistes

Du 5 au 12 novembre 2015, Reporters sans frontières (RSF) s’est rendue en Afghanistan. La mission était double : former des journalistes à la couverture électorale en vue des législatives en 2016 et rencontrer les autorités du pays afin de leur demander de mettre en place des mesures concrètes de protection de la presse.

Des journalistes d’une dizaine de médias indépendants nationaux et locaux, venus de différentes provinces (Kaboul, Kapisa, Kandahâr, Bamian, Khost, Hérât, Balkh, Nangarhâr, Ghazni, Koundouz) ont participé à une formation organisée par RSF à Kaboul. L’enjeu de cette formation consistait à former ces professionnels des médias amenés à couvrir les législatives prévues en 2016.

La Formation organisée par RSF à Kaboul de 5 à 7 novembre 2015


A cette occasion, le guide pratique du journaliste en période électorale, publié par RSF, en partenariat avec l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a été réédité en persan et en pachtoune et distribué aux participants.


« Au moment où les ennemis de la démocratie et de la liberté de l’information ont intensifié leur guerre et leurs menaces contre les médias, RSF a choisi de parler de paix et de mettre en avant les valeurs de la démocratie en organisant cette formation afin de préparer au mieux les journalistes aux prochaines élections législatives, période majeure de la vie démocratique afghane”, déclare Reza Moini, responsable du bureau Afghanistan de RSF.


En s’appuyant sur les principes d’une élection libre et démocratique, la formation avait pour but de rappeler les droits et devoirs des journalistes afin d’informer au mieux les électeurs. L’atelier a rappelé les grands principes d’équilibre, de neutralité et d’honnêteté, sans oublier le cadre juridique. Outre ces cours théoriques, des ateliers de travaux pratiques et des débats entre journalistes et spécialistes juridiques du droit afghan et des médias ont été organisés.



Une conférence pour la sécurité des journalistes

En plus de cette formation, RSF a voulu mettre l’accent sur la sécurité, indispensable aux journalistes et médias pour que ces derniers puissent exercer librement leurs activités. A cette occasion, RSF a rencontré plusieurs représentants de l’Etat tels que Abdullah Abdullah, chef du gouvernement, AbdulBari Jahani, ministre de l’Information et de la Culture, Sayed Zafar Hashemi, porte-parole du président de la République, ainsi que des associations de journalistes, et des médias menacés par les Taliban et le groupe Etat islamique, ces derniers mois. Alors que les menaces de ces groupes armés persistent, le représentant de RSF a demandé une nouvelle fois au président Mohammad Ashraf Ghani et au chef de l’exécutif, Abdullah Abdullah de mettre en oeuvre tous les moyens nécessaires à la protection des journalistes, en plus du “pacte pour la protection des médias et des journalistes” qu’ils se sont engagés à appliquer.

Le 8 novembre 2015, une conférence sur «la sécurité des journalistes et la place de l’Afghanistan au Classement mondial de la liberté de la presse» a été organisée par RSF et AJSC (le comité pour la protection des journalistes afghans, branche locale d’International Media Support), avec la participation de plusieurs responsables d’État, des associations de journalistes et des médias afghans.


Dans un face à face sans précédent, et sous le regard des médias, les responsables du gouvernement* et des journalistes ont abordé la question de la sécurité des médias et les moyens pour l'améliorer. Ils ont ainsi pu échanger sur leurs inquiétudes et les solutions à apporter.


Conférence sur «la sécurité des journalistes et la place de l’Afghanistan au Classement mondial de la liberté de la presse


Najiba Ayubi, dont le bureau régional de la radio Killid, à Jalalabad (province de Nangarhâr), a été détruite par l’explosion d’une bombe artisanale dans la nuit du 10 au 11 octobre 2015, a expliqué les contraintes des médias et des journalistes et a dénoncé l’insuffisance de mesures de protection du gouvernement. Sediqolah Tohidi a, pour sa part, insisté sur la nécessité d’avoir des réponses et des mesures rapides de la part des responsables gouvernementaux après les dernières menaces. Il a également soulevé la problème des violences commises par les forces de l’ordre à l’encontre des journalistes. Les deux généraux, responsables de la sécurité du pays, Dawlat Waziri et Mohammad Ayoub Salanghi, ont assuré de leur soutien total à la presse et affirmé « faire tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger les journalistes dans leur travail et protéger la liberté d'expression et de l'information, acquise ces dernières années». Et d’ajouter que « la protection des médias est un devoir de l’État».


D’autres réserves ont été émises comme celles de Rahimullah Samandar sur le manque de planification stratégique en matière de protection des médias ou celles de Shah Hossien Mortazavwi, qui a réaffirmé que « les menaces contre les deux chaînes ToloTV et TV1 étaient une menace contre tous les médias et que le pouvoir devait agir en ce sens». Les représentants de l’Etat ont répondu à ces remarques en rappelant les mesures prises par le président Asharf Ghani qui avait reçu les responsables de médias et d’associations au lendemain des menaces des Talibans ou bien encore de faciliter le travail des journalistes étrangers. Abdul Hassib Sediqi a affirmé de la disponibilité de la Direction nationale de la sécurité pour protéger les journaliste. Khalil Minawi a lui répondu aux inquiétudes des journalistes, en niant la volonté du ministère de l’Information et la Culture de surveiller et censurer les réseaux sociaux.


Les deux organisateurs de la conférence ont émis plusieurs recommandations en matière de protection des journalistes et de lutte contre l’impunité. Ils ont notamment proposé la création d'une cellule de crise, dans laquelle seraient présents des représentants des autorités compétentes en matière de sécurité et des délégations d’associations et des journalistes afin de mieux cordonner les efforts en faveur des médias. Reporters sans frontières a insisté sur la création d'une autorité indépendante de régulation de l’audiovisuel pour garantir l'exercice de la liberté et la responsabilité des médias.


Entrevue avec les autorités

RSF a été reçue, le 10 novembre 2015, par Abdullah Abdullah afin d’y aborder la question de l’impunité comme élément essentiel de la persistance de la violence à l’encontre des journalistes et de la place de l'Afghanistan dans le Classement mondial de la liberté de la presse. Le chef de l’exécutif a renouvelé son engagement en faveur de la liberté de la presse. Il a également promis de soutenir les initiatives internationales de RSF, notamment la création d’un poste de représentant spécial pour la protection des journalistes auprès du secrétaire général des Nations unies. M. Abdullah a salué la volonté de RSF de lutter contre l’impunité et les démarches prises par l’ONG auprès de la justice afghane pour que la lumière soit faite autour de l’assassinat en juin 2007 de la journaliste Zakia Zaki, directrice de la station Sada-e-Solh (Radio La Voix de la Paix) qu’il a qualifiée de «grande femme combattante».

Abdullah Abdullah, chef du gouvernement


Le même jour, Reporters sans frontières a été reçu par AbdulBari Jahani, ministre de l’Information et de la Culture. Les deux hommes ont pu échanger sur la place de l’Afghanistan dans le Classement mondial de la liberté de la presse et sur les efforts à faire pour améliorer sa position. La question de la sécurité des journalistes était à nouveau au coeur des discussions ainsi que le respect de la loi sur les médias par certaines administrations, notamment dans les cas de délits de presse.

AbdulBari Jahani, ministre de l’Information et de la Culture


Enfin, RSF s’est rendue dans plusieurs rédactions de médias, parmi lesquelles ToloTV et TV1 et a rencontré les journalistes et les dirigeants de ces chaînes.


Au moment où les Taliban ont déclaré 'cibles militaires' les deux grandes chaînes de télé du pays et donné l’ordre de les attaquer, nous voulons être présents à leurs cotés et demandons à nouveau des comptes à leurs délégations à l’étranger, notamment au bureau de représentation des Taliban à Doha pour chaque attaque des Taliban contre les journalistes et les médias», a déclaré Reza Moini.


Les deux chaînes privées du pays sont sous protection policière depuis la déclaration regrettable des Taliban. Elles ont refusé la protection militaire mais bénéficient de la présence de vigiles. Khpolwak Safi, l'un des directeurs de ToloTV et Abdullah Azada Khenjani, rédacteur en chef de la TV1, ont insisté sur l’importance de préserver leur indépendance. «Le danger, c’est que n’'importe qui peut nous attaquer au nom des Taliban (...) », rappelle Abdullah Azada Khenjani, critiquant par la même le laxisme du pouvoir pour protéger son média. « On a fait notre travail d'information, on veut résister. Mallgré le danger, on vaincra la peur» a affirmé le patron de ToloTV.


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* Les participants à la conférence étaient : le général Mohammad Ayoub Salanghi,

vice-ministre de l’Intérieur, le général Dawlat Waziri, directeur et porte-parole du ministère de la Défense, Sayed Zafar Hashemi, porte-parole du président de la République, Ahmad Shakib Mostaghni, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Ferdidun Elham, adjoint aux relations publiques et communication du président, Sultan faizy, conseiller presse du premier vice-président, Abdul Hassib Sediqi, porte-parole de la Direction nationale de la sécurité, Khalil Minawi, directeur de l’agence officielle Bakhtar et représentant du ministère de l'Information et de la Culture.

Les représentants des associations de journalistes et des directeurs de médias parmi lesquelles Najiba Ayubi, directrice du Killid Group, Rahimullah Samandar, présidente de l’association indépendante des journalistes afghans, Danish Karokhel,Pajhwok Afghan News Sediqolah Tohidi, directeur de l’organisation de défense de la liberté de la presse NAI, Lotfullah Najafizadeh, directeur de ToloNews, Abdullah Azada Khenjani, rédacteur en chef de la TV1, Khpolwak Safi, directeur de ToloTv, Sharif Hassanyar, directeur de Ariana Télévisions, Mirhifar Mutahar, directeur du quotidien Armanmeli, Heshmatollah Radfar, représentant de l’Union nationale des journalistes afghans, Shah hossien Mortazavwi, rédacteur en chef du quotidien 8sobeh...