Actualités

19 novembre 2019 - Mis à jour le 26 novembre 2019

En Inde du sud, un Etat veut punir le journalisme “anti-gouvernemental”

RSF demande au Premier ministre de l’Andhra Pradesh, Jaganmohan Reddy, d'abroger immédiatement la directive n° 2430, à la fois inutile et liberticide (photo : Sajjad Hussain / AFP).
Reporters sans frontières (RSF) condamne avec la plus grande fermeté une directive récemment adoptée par le gouvernement de l’Andhra Pradesh, qui permettrait à ses services d’engager des poursuites contre tout journaliste ou média qui publierait des contenus qu’ils estiment “erronés”.

L’Ordre gouvernemental n° 2430 - puisque c’est son nom - a été promulgué le 30 octobre dernier par les autorités de l’Andhra Pradesh, situé sur la côte est de l’Inde. Il encourage les fonctionnaires des différents secrétariats du gouvernement à émettre des mises en demeure spéciales et, le cas échéant, à poursuivre en justice avec assignation en référé tout organe de presse qui publierait des contenus considérés par l’exécutif comme “faux”, “infondé” ou “de mauvaise foi”. 


Cité par le quotidien The Hindu, le député Vijaya Sai Reddy, membre de la majorité au parlement régional, assure qu’”il n’y a rien à craindre” avec ce texte : “La directive ne vise qu’à empêcher la publication ou la diffusion de reportages diffamatoires contre le gouvernement. Nous accueillons les reportages d’actualité et même [les articles] d’opinions, mais ils doivent simplement être étayés par la vérité et les faits.”


“Il ne revient pas à un pouvoir exécutif de décréter ce que constitue ‘la vérité’, à moins de vivre sous un régime totalitaire rappelle Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. C’est justement le travail journalistique pluraliste qui permet d’établir un fait. Cette directive n° 2430 revient à imposer une censure préalable du gouvernement, et constitue un insupportable outil d’intimidations du journalisme indépendant. Nous appelons le Premier ministre de l’Andhra Pradesh, Jaganmohan Reddy, à abroger immédiatement cet ordre inutile et liberticide.”


La promulgation de la directive n°2430 laisse entendre que la loi indienne serait insuffisante pour régler les questions de diffamation. Or, l'article 19 de la Constitution de 1949 expose, dans sa section 2, une série de “Restrictions acceptables” à la liberté d’expression qui constituent la base des éventuelles poursuites d’un média au pénal. Le texte proclame clairement le rôle du juge, et non celui du pouvoir exécutif, dans le traitement des affaires de diffamation.


L’Inde se situe à la 140e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2019 par RSF.