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28 septembre 2018 - Mis à jour le 1 octobre 2018

Des journalistes “fact-checkers” harcelés sur les réseaux sociaux

Robin Grassi/ RSF
Reporters sans frontières (RSF) s’alarme de la montée du harcèlement en ligne contre les journalistes qui vérifient les informations sur les réseaux sociaux. Au Brésil, à la veille des élections générales, ces journalistes d’investigation 2.0 sont les nouvelles cibles des trolls.

Ils enquêtent sur les informations en ligne, les replacent dans leur contexte, traquent les rumeurs virales... Les fact-checkers, ces journalistes qui vérifient les déclarations politiques, analysent les photos bidonnées et autres fausses informations circulant à grande échelle sur les réseaux sociaux font l’objet d’attaques croissantes à l'approche des élections générales au Brésil. Insultes, menaces, campagnes de désinformation… L’agence de fact-checking brésilienne Lupa a ainsi, depuis le printemps dernier, reçu des milliers de tweets, dont de nombreuses menaces de mort. A l’origine de ces cabales en ligne : l’annonce en mai dernier d’un partenariat entre des agences de fact-checking brésiliennes, dont Lupa, et Facebook en vue des élections des 7 et 28 octobre prochain.


“Le harcèlement en ligne est une menace grandissante contre la liberté de la presse, déplore Elodie Vialle, Responsable du Bureau Journalisme et Technologie de RSF. Si les fact-checkers sont pris pour cible, c’est dans l’objectif de les intimider et de faire taire toute contradiction. Or, leur travail de vérification et de remise en contexte de l’information est devenu indispensable à la préservation de l’intégrité du débat public, qui se passe aujourd’hui essentiellement en ligne.”


Lorsqu’un contenu diffusé sur Facebook est signalé comme “faux” par les fact-checkers, le reach - c’est-à-dire le nombre de personnes voyant la publication - diminue de 80%. Une forme de “censure” pour de nombreux groupes politiques qui n’hésitent pas à diffuser massivement des campagnes visant à décrédibiliser le travail des fact-checkers. Un document PDF de 299 pages présentant des fiches détaillées sur 40 journalistes brésiliens, dont l’équipe de journalistes de Lupa, a ainsi largement été diffusé via WhatsApp dans le but de mettre en avant leurs orientations politiques.


“De plus en plus de fact-checkers sont pris pour cible, s’inquiète auprès de RSF Alexios Mantzarlis, coordinateur du réseau international de fact-checking du think tank sur le journalisme Poynter. Tout simplement parce qu’auparavant, leur travail était moins connu.” Aux Philippines, les journalistes spécialisés en fact-checking de l’ONG Vera Files ont également fait l’objet de menaces, d’insultes ou de campagnes de désinformation dans le but de leur nuire.


En Italie, le fact-checker David Puente a été menacé de mort en ligne après avoir découvert l’existence d’un faux compte Facebook qui s’en prenait au journaliste Roberto Saviano, célèbre pour ses enquêtes sur les mafias. A la suite de ses révélations, un “rapport” a été diffusé pour nuire à David Puente, l’accusant… de pédophilie. En France, le journaliste Samuel Laurent, à la tête de la rubrique de fact-checking Les Décodeurs du journal Le Monde, vient d’annoncer “la mise en pause” de son compte Twitter à la suite du harcèlement systématique qu’il subissait.


Dans son enquête parue fin juillet “Harcèlement en ligne : quand les trolls lancent l’assaut”, RSF a listé 25 recommandations, comme le fait de développer les formations pour les journalistes, de renforcer la responsabilité des plateformes à l’égard des contenus qui sont mis en ligne sur leurs services, ou bien encore les mécanismes d’alerte.