Actualités

9 janvier 2018 - Mis à jour le 6 mars 2018

Cyber-soldats vietnamiens : RSF s’inquiète de l’augmentation des armées de trolls, prédateurs en ligne des journalistes

@RSF
Le Vietnam a annoncé le déploiement d’une armée de 10.000 “cyber-inspecteurs”, qui aura pour objectif affiché de combattre la dissidence en ligne. RSF alerte sur cette tendance inquiétante des Etats qui consiste à monter des armées de trolls pour mieux cibler, attaquer et faire taire les journalistes et médias indépendants.

L’annonce, fin décembre, avait des allures de cadeau de Noël aux censeurs du régime autoritaire vietnamien. Soucieux de combattre la dissidence en ligne, le Vietnam a en effet lancé une brigade un peu spéciale : une armée de 10.000 “cyber-soldats” chargés d’identifier les “opinions répréhensibles” pour mieux les “combattre à chaque seconde, chaque minute, chaque heure”.


“Il s’agit là d’une nouvelle atteinte à la liberté de l’information dans un pays qui continue d’appliquer en ligne son modèle de censure étroite de la presse, estime Daniel Bastard, responsable du Bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Alors que 25 blogueurs sont actuellement derrière les barreaux, le Vietnam témoigne explicitement, par cette annonce, de sa volonté de traquer les journalistes-citoyens pour les faire taire. Sans le moindre complexe !”


Le Vietnam est est l’un des dix premiers pays au monde en pourcentage d’utilisateurs Facebook. Contrairement à la Chine, le pouvoir vietnamien ne coupe pas l’accès au réseau social. Mais pour le contrôler et le censurer, il a eu une autre idée: : renforcer la propagande en ligne.


La désinformation mise en place par ces armées de trolls constitue une forme de censure pour les journalistes


Une trentaine de pays dans le monde au moins auraient mis en place des armées de trolls similaires, à savoir des commentateurs payés par les autorités pour faire taire la dissidence en ligne, selon le rapport Freedom of the Net 2017 de l’ONG Freedom House. L’une des techniques utilisées est celle de l’astroturfing, qui consiste à créer l’illusion d’un mouvement populaire et spontané en ligne en faveur des régimes via la diffusion de faux commentaires, et ce pour mieux justifier leur politique autoritaire.



“L’augmentation du nombre de ces armées de trolls qui identifient, ciblent et attaquent les journalistes est très inquiétante, analyse Elodie Vialle, responsable du Bureau Journalisme et Technologie. La désinformation mise en oeuvre par les Etats autoritaires, via notamment le harcèlement en ligne et la diffusion massive de fausses nouvelles, est une nouvelle forme de censure qui vise à décrédibiliser les journalistes afin d’entretenir la confusion, et menace directement la liberté de l’information.”



Derrière l’écran, des activistes ou des sous-traitants précaires, mis au service de prédateurs de la liberté de la presse soucieux de faire du web un espace public numérique modelé au service de leurs velléités totalitaires. Aux Philippines par exemple, ces travailleurs pauvres gagnent 10 dollars par jour pour poster des fausses informations sur les réseaux sociaux en faveur du président.


Parmi ces nouveaux mercenaires de l’info, les “trolls factories” russes, mais aussi les "les petits pouces roses" en Chine, les yoddhas de Narendra Modi en Inde, les “AK trolls” d’Erdogan, les cyber-gardiens de la révolution pour un Internet halal en Iran… En Thaïlande, plus de 100 000 étudiants ont été entraînés pour être des “cyber scouts” afin de surveiller et de rapporter les comportements en ligne susceptibles de menacer la sécurité nationale, pendant que les supporters du régime ont mené une campagne sur Facebook pour identifier et dénoncer les utilisateurs émettant la moindre critique contre la monarchie.


Le Vietnam est l’un des pays les plus mal positionnés au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2017, et occupe la 175e place sur 180 pays.