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2 décembre 2016

Cuba et la liberté de la presse: le lourd héritage de Fidel Castro

Le 4 décembre, seront célébrées les funérailles de Fidel Castro à La Havane. Son décès, annoncé le 25 novembre dernier, a suscité une pluie de réactions, saluant la disparition d’une des grandes figures du 20ème siècle et père du peuple Cubain. Derrière la figure romantique du révolutionnaire Fidel Castro se cache pourtant l’un des pires prédateurs de la liberté de la presse. La répression des voix dissidentes restera l’un des marqueurs de ses 49 ans au pouvoir, et la part la plus sombre de son patrimoine.

La situation actuelle à Cuba en témoigne. En 2016, Cuba est encore le pire pays d’Amérique latine pour la liberté de la presse, et figure en 171ème position dans le Classement mondial publié par RSF. Le frère de Fidel Castro, Raul, qui l’a remplacé en 2007, est également listé comme prédateur de la liberté de la presse 2016.


A Cuba, seule la presse officielle, sous contrôle directe de l’Etat, est autorisée par la Constitution. Les agences indépendantes et les blogueurs tentent toujours de contester ce monopole de l'État sur l'information, au prix d’intimidations, d’arrestations arbitraires et d’une censure féroce. Face à cette répression, les agences indépendantes n’ont souvent d’autre choix que de s’exiler et de publier leurs informations depuis l’étranger. L’accès à Internet sur l’île, encore extrêmement perfectible ( à peine 5 % des foyers y sont connectés), n’arrange rien.


Enfin, avec deux journalistes incarcérés, Cuba est, avec le Venezuela et le Panama, l’un des rares pays du continent où l’on trouve encore des reporters derrière les barreaux.


Sous Fidel Castro, la situation était encore bien pire. Le père de la révolution cubaine a instauré ce climat de censure et empêché la circulation, par des méthodes souvent violentes, de toute information différente de celle donnée par la presse officielle.


L’année 2003 a marqué l’apogée de cette répression: En mars, plus de 75 dissidents étaient arrêtés par les autorités cubaines. Parmi eux, 27 journalistes indépendants, condamnés à des peines allant de 14 à 27 ans de prison au terme de procès sommaires, pour avoir parlé de démocratie dans leur pays.


Le correspondant de RSF à l’époque, Ricardo González Alfonso, en faisait partie, il a passé sept ans en prison. Durant cette période, baptisée “le Printemps noir”, les vagues d’arrestations se sont succédé. Les journalistes non-officiels ont été accusés de collaborer avec les Etats-Unis, et ont été ciblés dès lors qu’ils évoquaient dans leurs articles l’opposition au castrisme, mais aussi les violations des droits de l'Homme et la vie quotidienne des Cubains.


Cette chasse aux voix dissidentes s’est poursuivie les années suivantes En 2007, au moment où Fidel Castro se prépare à remettre les rênes du pouvoir à son frère, Cuba est alors la deuxième prison du monde pour les journalistes, avec 25 détenus.


Les conditions de détention sont catastrophiques et des faits de tortures seront régulièrement dénoncés par les familles de ces journalistes et opposants politiques à Cuba.


Arrestations arbitraires, tabassages en règle, mises sur écoutes… La liste des exactions commises contre les acteurs cubains de l’information serait trop longue à énumérer, mais cette censure permanente, avant et après le Printemps noir, est bel et bien une des constantes des années Castro.


RSF, depuis sa création en 1985, n’a eu de cesse de dénoncer ces dérives, à travers des campagnes de sensibilisation, des opérations choc, des mobilisations internationales etc… Plusieurs de nos collaborateurs et correspondants ont été ciblés par des menaces et des incarcérations, à l’image de Roberto Jesús Guerra Pérez, condamné en 2005 à deux ans de prison pour trouble à l'ordre public, puis libéré en 2007. Roberto a courageusement poursuivi sa lutte pour la liberté de la presse à travers l’agence indépendante Hablemos Press, créée en 2009, dont il était directeur. Lui et ses collaborateurs ont été harcelés et empêchés de travailler par la police cubaine, à d’innombrables reprises. Depuis le mois d’octobre 2016, après avoir reçu des menaces de mort anonymes, Roberto n’a eu d’autre choix que l’exil, pour garantir sa sécurité et celle de sa famille.


Pour que l’exil ne soit plus une fatalité, ce combat mené par RSF et de nombreuses autres organisations locales et internationales, doit continuer. Le quotidien des journalistes cubains est encore aujourd’hui marqué par la peur et l’autocensure. La mort du ‘père de la révolution’ ne doit pas s’accompagner de nouvelles vagues de répression, comme le craignent déjà les journalistes cubains. Elle doit au contraire ouvrir une nouvelle ère, celle du pluralisme et de la liberté d’opinion, tout simplement.