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31 mars 2020

Coronavirus : Quand le président brésilien Bolsonaro s’acharne sur les médias au lieu de lutter contre la pandémie

Face au péril du virus qui fait pourtant du Brésil le pays le plus touché d’Amérique latine, le président Bolsonaro persiste dans le déni et préfère s’en prendre aux médias. Reporters sans frontières ( RSF) dénonce une attitude totalement irresponsable et incendiaire.

Depuis le début de la crise sanitaire, le président Bolsonaro multiplie les attaques publiques contre la presse, qu’il considère responsable d’une "hystérie" destinée à générer la panique dans le pays. Le dimanche 22 mars, il déclarait: “la population se rendra compte assez rapidement qu'elle a été trompée par les médias". Deux jours plus tard, le 24 mars, il prononçait sur une chaîne de télévision nationale un nouveau discours de déni, qualifiant le virus de ‘petite grippe’, critiquant les responsables locaux favorables au confinement et accusant les médias de créer un chaos artificiel : « une grande partie des médias (…) propagent un sentiment de crainte en exploitant le grand nombre de victimes en Italie, un pays comptant beaucoup de personnes âgées et dont le climat est totalement différent du nôtre (…) Un scénario parfait, diffusé par les médias pour que l’hystérie s’empare de notre pays.”

 

Le jeudi 26 mars, il humiliait un groupe de journalistes qui l'attendaient devant le Palais de l'Alvorada, le siège de l'exécutif fédéral à Brasilia. Il s'adressait à ses supporters en riant: "Attention, peuple brésilien: ces gens là (il pointe du doigt les reporters) disent que j'ai tort et que vous devez rester tous chez vous. (En regardant les journalistes) Qu'est ce que vous faites ici alors? Vous n'avez pas peur du coronavirus? Rentrez chez vous!". 

 

“ Cette radicalisation et cette intensification des attaques contre les médias est extrêmement préoccupante, déclare Emmanuel Colombié, directeur du bureau Amérique latine pour RSF. Le président Bolsonaro se trompe d’ennemi et s’en prenant, une fois encore, aux messagers. Il repousse chaque jour un peu plus les limites de l‘irresponsabilité. En cette période de pandémie, l’exécutif brésilien a certainement mieux à faire que de s’acharner contre les médias dont le travail d’information est plus que jamais vital.

 

Bien que Jair Bolsonaro apparaisse de plus en plus isolé, son discours radical est largement relayé et intensifié par ses proches et certains membres du gouvernement, dont le ministre de la Santé Luiz Henrique Mandetta qui qualifiait, ce 28 mars, le travail de la presse de ‘sordide’ et ‘toxique’ et invitait les brésiliens à ‘éteindre un peu leur télévision’.

 

Faits particulièrements rares et inédits : ce dimanche 29 mars, la plate-forme Twitter a supprimé au motif qu’ils enfreignaient les règles du réseau social, deux tweets provenant du compte officiel du président, dans lesquels il remettait une fois encore en cause l’utilité du confinement total. Le Chef de l’Etat avait publié des vidéos sur son compte dans lesquelles il paradait dans les rues de Brasilia et se mêlait à la population, une conduite en contradiction totale avec les consignes de son propre gouvernement et les préconisations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 

 

Le lundi 30 mars, le réseau social Facebook (et sa filiale Instagram) ont emboité le pas et décidé à leur tour de supprimer les vidéos postées par le président.

 

La communication de l'entourage du président est tout aussi préoccupante : à en croire le quotidien brésilien Folha de São Paulo, Twitter a également bloqué pendant douze heures et à titre d’avertissement les comptes de Flavio Bolsonaro, fils du président et sénateur et celui du ministre de l’environnement Ricardo Salles, arguant qu’ils avaient publié des fausses informations et des opinions susceptibles d’aggraver la pandémie.

 

Le Brésil se place à la 105e position du Classement mondial de la liberté de la presse 2019 élaboré par Reporters sans frontières.