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30 avril 2019

Chine: des journalistes spécialisés dans le droit des ouvriers risquent d'être victimes de torture

PHOTO: AMNESTY INTERNATIONAL
Deux des trois journalistes enquêtant sur les droits des ouvriers arrêtés en mars à Guangzhou (sud) ont été placés samedi 20 avril en « résidence surveillée dans un lieu désigné » , un système de détention souvent associé à l’usage de la torture.

Wei Zhili et Ke Chengbing, tous deux rédacteurs du site d'information sur les droits des ouvriers iLabour.net, arrêtés en mars à Guangzhou (sud), ont été placés samedi 20 avril en « résidence surveillée dans un lieu désigné » (RSDL), selon leurs familles. Ce système spécial, conçu pour encadrer la détention de suspects considérés comme une menace pour la sécurité nationale, prive les détenus de leurs droits et est très souvent associé à l’usage de la torture.


« Ces journalistes ne sont en aucun cas des ennemis de l’État et n’ont fait que leur devoir en rendant compte des conditions de travail en Chine, s’indigne Cédric Alviani, responsable du bureau Asie de l’Est de Reporters sans frontières (RSF), qui appelle par ailleurs les autorités à « mettre fin aux violations répétées de la liberté de la presse, un droit inscrit en toutes lettres dans la Constitution chinoise, et à libérer immédiatement tous les journalistes et blogueurs détenus en Chine. »


Depuis l’entrée en vigueur en 2013 du système RSDL, des milliers de personnes, dont de nombreux journalistes et blogueurs, ont été détenus jusqu’à six mois en isolation, sans pouvoir accéder aux services d’un avocat ou à des soins médicaux. Le blogueur australien Yang Hengjun, les journalistes chinois Sun Lin, Ding Lingjie et Zhen Jianghua comptent parmi les victimes de ce système. Des témoignages d'anciens détenus ont été rassemblés en 2017 dans le livre The People’s Republic of the Disappeared (“La République populaire des disparus”).


Wei Zhili et Ke Chengbing avaient initialement été arrêtés par la police le 20 mars, après avoir enquêté sur les conditions de travail dangereuses dans des usines locales. Le rédacteur en chef de leur publication, Yang Zhengjun, est également détenu depuis janvier.


En Chine, plus de 65 journalistes et blogueurs sont emprisonnés dans des conditions qui laissent craindre pour leur vie. Le pays a chuté au 177e rang sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2019 publié par RSF.