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6 novembre 2017

Cas de Nadia Daam : le cyber-harcèlement, un moyen de pression de plus en plus utilisé pour faire taire les journalistes

Nadia Daam, chroniqueuse à Europe 1 et journaliste à Arte. Crédit : DR
Reporters sans frontières (RSF) s’associe à la campagne de soutien en faveur de la journaliste Nadia Daam qui fait l’objet de graves menaces en ligne après avoir dénoncé les méthodes de trolls dans une chronique sur Europe 1. L’ONG dénonce la montée du cyber-harcèlement comme moyen de pression pour faire taire les journalistes.

Le cyber-harcèlement, ce n’est pas que du virtuel. Après avoir été victime d’une campagne de harcèlement en ligne, Nadia Daam a porté plainte jeudi 2 novembre pour “menace de crime” contre des personnes. Dans la nuit de mercredi à jeudi, vers 2h du matin, la journaliste d'Europe 1, également chroniqueuse dans l’émission 28 minutes d’Arte, a entendu des grands coups résonner à la porte de son domicile.


Difficile de ne pas faire le lien avec les menaces de mort, de viol, de violences, parfois teintées de racisme, auxquelles elle a fait face à la suite de l’une de ses chroniques sur Europe 1, dans laquelle elle dénonçait les trolls responsables d’une cabale contre une application “anti-relous” destinée aux femmes victimes de harcèlement de rue.


La journaliste a également observé des tentatives de piratage de ses messageries et de ses comptes sur les réseaux sociaux, rapporte Libération. Elle a reçu des mails l’informant de son inscription sur des sites pornographiques et pédophiles, mentionnant l’adresse de son domicile personnel. Sa fille a également été mentionnée. La journaliste est ainsi victime de doxxing, une méthode visant à utiliser des informations personnelles pour harceler une personne, plébiscitée par les harceleurs en ligne. A l’origine de cette campagne ; des utilisateurs du Forum 18-25 ans du site JeuxVideo.com, connu pour sa misogynie et critiqué pour les lacunes de sa modération.


Les journalistes, cibles privilégiées de ces cabales en ligne


RSF s’associe à la lettre de soutien publiée par Libération et s’inquiète de la montée, en France et à l’international, du cyber-harcèlement comme méthode de pression pour faire taire les journalistes. “Ces cabales en ligne, qui profitent de la viralité des réseaux sociaux, constituent aujourd’hui une menace pour les journalistes à prendre très au sérieux, explique Elodie Vialle, responsable du Bureau Journalisme et Technologie de RSF. Le cyber-harcèlement touche particulièrement les femmes journalistes, et les journalistes qui enquêtent justement sur le trolling, les usines à trolls et les réseaux de cyber-harceleurs.”


Environ deux tiers des femmes journalistes dans le monde ont été victimes de harcèlement, selon un rapport de International Women’s Media Foundation (IWMF). Pour un quart d’entre elles, le harcèlement a lieu en ligne.


De nombreux journalistes sont également victimes de harcèlement en ligne à travers le monde. En Inde, la journaliste Rana Ayyub, auteur du best-seller Gujarat files, subit les menaces en ligne de ceux qui veulent la faire taire. Aux Philippines, Maria Rossa, présidente du site Rappler, a reçu plus de 80 menaces de morts, la plupart en ligne, en lien avec ses enquêtes sur la politique du président Rodrigo Duterte. Le traçage des adresses IP a permis de montrer que ces menaces étaient le fait de proches du président.


En septembre dernier, RSF a également condamné les menaces visant Laura Kuenssberg. Cette journaliste à la BBC - la première à diriger le service politique du média - a désormais besoin d’un garde du corps pour exercer son métier. Depuis 2016, elle est devenue la cible privilégiée de soutiens du Labour, qui l’accusent d’une couverture partiale des élections et la menacent en ligne.


La France figure à la 39e place sur 180 du Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans Frontières.