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1 juillet 2021

Birmanie : RSF appelle douze multinationales à cesser le “Business as usual” avec les tortionnaires militaires

Des manifestants brûlent un uniforme militaire lors d’un rassemblement improvisé dans les rues de Rangoun, le 1er juillet 2021 (STR / AFP).
Après les avoir invitées à se positionner en avril dernier, Reporters sans frontières (RSF) a interpellé par courrier une dizaine de multinationales pour leur demander des actions concrètes afin qu’elles cessent de soutenir et financer, directement ou indirectement, la junte au pouvoir - sans quoi elles risqueraient de se rendre complices de l'implacable répression actuellement à l'œuvre.

Après cinq mois d’une terreur d'État sans limite, c’est toujours “Business as usual”. Malgré les centaines de mort et les milliers d’arrestations, malgré la cinquantaine de journalistes actuellement détenus dans les prisons birmanes, malgré les coupures régulières des réseaux mobiles et Internet, les affaires restent les affaires : de fait, plusieurs dizaines d’entreprises étrangères implantées en Birmanie financent toujours, directement ou indirectement, la junte au pouvoir et sa répression féroce du mouvement démocratique.


Leur responsabilité étant engagée, RSF a demandé par courrier à douze d’entre elles, hier mercredi 30 juin, d’adopter des mesures concrètes pour remédier à cette situation :

  • Se retirer du pays à court ou moyen terme.
  • Suspendre leurs activités dans le pays tant que la junte y poursuivra sa répression du mouvement démocratique et de la liberté de la presse.
  • Enfin, aux sociétés qui se cachent derrière l’argument selon lequel elles se mettraient hors-la-loi en cessant de payer les taxes et dividendes qu’elles doivent à l’Etat et à leurs partenaires birmans, RSF leur demande de placer ces sommes d’argent sur un compte séquestre - afin que celles-ci reviennent in fine au peuple birman et non au gouvernement militaire qui s’est emparé du pouvoir à la faveur du coup d’Etat de février.


Les courriers adressés à ces multinationales font suite à une première série de lettres envoyées par RSF à ces même sociétés en avril dernier, afin de les appeler à clarifier leurs positions face à la situation birmane.


Complices de la terreur


“Face à l’horreur dans laquelle la junte a plongé le peuple birman depuis cinq mois, les discours de langue de bois ne sont plus tolérables, estime le responsable du bureau Asie-pacifique, Daniel Bastard. Car cette horreur, ce sont, pour une large part, les multinationales opérant en Birmanie qui la financent. Dans ce contexte, l’alternative est claire : soit ces entreprises mettent en place des mesures de retrait ou de blocage de leurs avoirs, afin de cesser d’alimenter la junte en devises ; soit elles continuent leurs petites affaires, et elles resteront dans l’histoire comme les complices de l’actuel régime de terreur.”


Dans leur réponse au courrier initial de RSF, la plupart de ces sociétés se défendent de toute relation commerciale directe avec la junte. Un argument qui ne tient pas à l’épreuve de la situation de l'économie birmane. En effet, l’armée gère, entre autres, deux conglomérats dont les ramifications s’étendent dans la plupart des secteurs économiques du pays : la Myanmar Economic Holdings Public Company Limited (MEHL) et la Myanmar Economic Corporation Limited (MEC). En tant que telles, elles ont été et restent un passage obligé pour la plupart des multinationales qui veulent s’implanter dans le pays. 


A cela il faut ajouter le rôle joué par de nombreux oligarques qui, tout en ayant noué des liens commerciaux avec des groupes étrangers, continuent aujourd’hui d’alimenter les caisses du gouvernement militaire. 


Dans ce système, il est de facto impossible, pour toute société étrangère, de prétendre conserver des activités en Birmanie sans alimenter des soupçons légitimes de financement de la junte au pouvoir et de ses crimes répétés. 


Depuis le coup d’Etat du 1er février, au moins 86 journalistes ont été arrêtés par les autorités birmanes. A ce jour, au moins 42 d’entre eux sont maintenus derrière les barreaux, en dépit de la libération annoncée de six d’entre eux, hier mercredi 30 juin. 


La Birmanie se situe actuellement à la 140e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.